Metal
Soulfly - « Conquer » (Roadrunner)
Comme le temps passe vite ! Déjà le sixième album de Soulfly pour un Max Cavalera décidément fort occupé avec Cavalera Conspiracy, l’album et la tournée subséquente, sans parler de sa réconciliation avec son frère Iggor après l’explosion (finale ?) de Sepultura en 2006. Et voici que déboule « Conquer », comme toujours produit par Max himself mais mixé cette fois par l’immense Andy Sneap, l’homme qui transforme les coups moyens en coups de canon et ces derniers en bombes atomiques. Sous une superbe pochette signée Android Jones, « Conquer » s’ouvre d’excellente façon avec un « Blood, fire, war, hate » chanté par David Vincent de Morbid Angel, toujours aussi en forme. Deux titres trash metal, dans la veine de Slayer (« Warmaggedon » et « Fall of the sycophants ») font repartir une machine ponctuée de titres plus traditionnels. « Doom » n’a rien a voir avec le style auquel on pourrait l’apparenter, c’est au contraire du metal le plus speed dont il s’agit. Deux titres enfin retiennent l’attention, « For those about to rot », enregistré au Caire avec un orchestre gitan, et « Touching the void », long hommage à un Black Sabbath première période. Hélas, hélas, survient comme une mouche dans la purée « Soulfly 6 », terminant l’album avec un instrumental dans la lignée de Santana : interminable, mou et chiantissime. Pourquoi nous faire le coup à chaque fois ? Comme s’il ne fallait à tout prix pas partir sur une bonne impression. Album mitigé donc, plutôt vers le haut, car le père Cavalera connaît son affaire sur le bout des doigts. Mais, comme dirait le retraité Rocco Siffredi, il ne suffit pas de connaître parfaitement son manche, encore faut il un minimum d’imagination. Max se fait ici encore plaisir, sauf tout le respect qu’on lui doit. A nous aussi, parfois, mais pas assez pour crier au génie (cryogénie ?). Dommage, un disque un peu plus court, plus concis, massicoté, poussé au cul, aurait bien mieux tiré son épingle du jeu, au lieu de se contenter de livrer un énième album de metal. Certes, ce sera toujours cent fois mieux que Medina Lake ou Yannick Noah, mais quand même, Max…
Jean Paul Coillard Moonspell : ‘Night Eternal’ (SPV)
Si la femme est, comme l’on chanté certains, l’avenir de l’homme, la Terre est bel et bien leur avenir en commun. Il serait grand temps de se le rappeler, car c’est la seule alternative possible pour un futur décent. Sinon, comme l’écrivait Richard Matheson, la race humaine ne sera plus qu’une légende, pas très glorieuse au demeurant. L’homme, s’il est un loup pour l’homme, l’est aussi, et depuis longtemps, pour son environnement. Sans jouer les prêcheurs, à son niveau d’artiste, Moonspell tire donc ici quelques sonnettes d’alarme à l’aide de ce ‘Night Eternal’, son neuvième album, au sein duquel, c’est le cas de le dire, la femme est omniprésente à plus d’un titre. Pierre angulaire d’une scène portugaise guère connue au-delà de ses frontières, Moonspell défend, depuis ses débuts en 93, une certaine idée du metal, et par delà de la musique en général, mais aussi de l’art, et de la littérature, en particulier. Au fil de sa discographie, on retrouve toujours cet élégant mélange de gothique, de metal et de black, savamment dosé, puissamment produit par Tue Madsen après avoir été ‘mis en forme’ par cet autre fidèle qu’est Waldemar Sorychta, et habillé de main de maître par ce grand illustrateur qu’est Seth Siro Anton. Epique, sauvage et beau tout à la fois, ce nouvel album envoûtant voit également la présence vocale superbe d’Anneke, ex-The Gathering, sur ‘Scorpion Flower’, et la présence de nombreux chœurs féminins renforcent encore la position planétaire de ce disque, pas forcément le plus original, mais certainement le mieux construit, le plus plaisant en bouche et à l’oreille, au rythme des variations du clair au brutal de la voix de Fernando Ribeiro. Le constat est sans appel : si la nuit devient éternelle, cette Lune l’éclairera toujours, comme un phare trouant sans fin l’obscurité.
Jean Paul Coillard Airbourne : ‘Running Wild’ (Roadrunner)
Petits nouveaux venus d’Australie, Airbourne décolle d’entrée avec ce ‘Running Wild’, raunchy et teigneux, bien que par ailleurs totalement dépourvu d’originalité. En effet, sans entrer dans la querelle Polnareff/ Obispo, il est vrai que la comparaison avec leurs grands aînés d’AC/DC, tant au niveau vocal que musical, vous chope par les esgourdes dès les premières secondes, pour hélas ne plus vous lâcher d’une semelle. Alors, comment expliquer le succès d’Airbourne outre Manche ? Question de génération, de son également, bien supérieur à celui de ‘Highway to Hell’, et le tour est joué, les jeunots enfourchent le vélo des papis flapis, statufiés, passablement défraîchis, et qui tardent un peu à refaire parler d’eux. Leurs cadets, remontés à bloc, n’ont aucune peine à venir à bout des côtes les plus sévères, sans craindre la crevaison fatale. Produit par Bob ‘Alice Cooper/ Ozzy’ Marlette, rien à voir avec le reggae, et mixé par le vétéran Andy Wallace, ‘Running Wild’ est certes rock’n’roll, mais ses riffs ont déjà été entendus mille fois, sous toutes les latitudes. Résultat, on s’ennuie ferme dès les troisième morceau, comprenant que cette route offrira pendant tout le disque, voire les suivants, le même paysage à l’écrasante monotonie. Comme les échanges de baballes de Roland Garros, ça finit très vite par faire chier, sauf les snobs. Alors, les mecs, un peu de sentiment, please, et de cette fureur, vicieuse et suant sous les bras, qui fait le vrai rock’n’roll.
Jean Paul Coillard
Testament: ‘The Formation of Damnation (Nuclear Blast)
Il aura fallu neuf longues années et de multiples bouleversements pour assister à l’ouverture d’un nouveau Testament, et le jeu de mots en était presque devenu de rigueur, tant l’on croyait le gang de la Bay rea éteint pour le compte. Survivant à de multiples changements de line up et de graves problèmes de santé pour plusieurs de ses membres, dont le grave cancer de Chuck Billy, aujourd’hui guéri et qui a retrouvé toute sa puissance de chant, Testament décide finalement de reprendre les armes et le chemin du studio, après une tournée des plus fructueuses et un ‘Live In London’ de la plus belle eau. Autre surprise est le retour au bercail de certains de ses enfants partis ailleurs tenter l’aventure, dont Paul Bostaph et le guitariste Alex Skolnick, sans oublier Greg Christian. Comme le dit si bien Eric Peterson, ‘The Formation of Damnation’ est un disque classique, revisitant brillamment un trash old school en pleine forme, surfant, à l’instar de leurs compères d’Exodus, sur la nouvelle vague du genre, assez éloigné des expériences death metal d’albums comme ‘The Gathering’ ou ‘Demonic’, bien que guère avare en riffs couillus et plombés. En fait, les compos étaient prêtes depuis un certain temps, et les compères ne semblaient attendre, entre autres, que la baguette magique d’Andy Sneap pour donner vie à un ensemble des plus détonnants. Mais les gaillards n’avaient cependant pas chômé, et la sortie en 2001 de ‘Strike Still Deadly’, proposant un nouvel enregistrement de morceaux anciens, à la fois pour le son et pour des raisons légales, n’en n’était que l’amorce, au lieu d’un simple soubresaut. Et voilà, en 2008, un Testament recomposé, faisant feu de tous bords, bien décidé à en découdre, et qui produit ici ce qu’il sait faire de mieux : tirer vite, viser au coeur et à la tête, et le plus fort possible. Wild Wild West, nouvel épisode. Que parle la poudre !
Cavalera Conspiracy: ‘Inflikted’ (Roadrunner)
Il y a de cela encore deux ans, personne n’aurait parié sur une réunion, tant musicale que personnelle, des frères Cavalera, Max et Iggor, légèrement en froid comme on le sait depuis le départ du premier de Sepultura, causant au groupe une descente, lente mais régulière, vers les abîmes sans fond de l’insuccès. Depuis, Iggor s’est également fait la malle, se rapprochant peu à peu de son frère, toujours en action avec Soulfly. Et aujourd’hui débarque the Cavalera Conspiracy, un genre de super groupe, puisque l’on y retrouve également Marc Rizzo à la guitare et le français Joe Duplantier, de Gojira, ici à la basse, chantant également sur le titre ‘Ultra-violent’, où l’on retrouve aussi Rex Brown, de Pantera. Si vous vivez dans le joli monde du metal, tout cela, vous le savez déjà. Reste donc à présenter ‘Inflikted’, bébé incestueux des deux frangins, qui pour l’occasion remettent les couverts dans les grandes largeurs. Hors de question de refaire un ‘Roots’ ou un ‘Chaos AD’. Cet album, co-produit par Logan Mader, serait plutôt un cri brut, un disque punk, trash, violent, efficace, rapide, nerveux, sans fioritures, avec un tribalisme sous jacent mais qui jamais ne remonte vraiment à la surface. Qui sait ce que Sepultura serait devenu s’il avait poursuivi sa route comme si de rien n’était ? Peut être aurait il abouti à ‘Inflikted’ ? On ne le saura jamais. Mais avec des morceaux de la classe de ‘Bloodbrawl’, ‘Black Ark’, ‘Nevertrust’ ou ‘Terrorize’, ce n’était pas le pire qui aurait pu leur arriver. En tous cas, ce qui est sûr, c’est que ce premier album a quelque chose d’historique, un peu comme le retour de la flamme perdue. La voix du sang en stéréo, c’est pas du vermicelle de contrebande. Ecoutez ‘Heart of Darkness’, par exemple. Les Cavalera sont au max. Jean Paul Coillard
On ne peut pas reprocher à Phil Anselmo une quelconque fainéantise: entre deux albums et deux tournées de Down ou de Superjoint Ritual, le bougre trouve moyen de s’enquiller dans divers projets, qu’il a crées ou sur lesquels il est venu se greffer. Dernière aventure, Arson Anthem, qui sort son premier EP sur Housecore Records, un sous label de Nocturnal Records dirigés par Anselmo lui-même, et qui ferait l’effet d’un serpent venimeux qui se tordrait en tous sens et sifflerait entre nos doigts épouvantés. Tout d’abord, le casting : outre Anselmo à la guitare, épaulé par son complice batteur de Superjoint Hank Williams III et le bassiste Collin Yeo, on y retrouve ce vieux briscard de Mike Williams, ex leader des légendaires EyeHateGod et qui chapeaute ici la troupe. Rassemblés par l’ouragan Katrina, qui laisse un trace douloureusement indélébile dans le coeur de chaque habitant de la région de la Nouvelle Orléans, dont beaucoup ont tout perdu, le quatuor propose ici, tant aux inconscient qu’aux amateurs d’expériences dangereuses, huit morceaux dans la veine des combos punk hardcore des eighties, entre Discharge et Poison Idea, mais parfois mêlés de sauce sludge poisseuse, de gumbo et de gnôle de contrebande. Mike Williams lui-même a vécu son chemin de croix, poursuivant une vie pépère de camé alcoolique avec EyeHateGod, jusqu’à ce que la tornade, ainsi qu’une peine de prison pour usage de drogues le secouent un bon coup, ce qui était arrivé à Phil, quelques temps auparavant, avec la mort de Dimebag Darrell. Tous clean à présents, les membres d’Arson Anthem trouvent ici le moyen de canaliser et d’exprimer leur colère, tant à la face du monde qu’envers leur propre passé, fait d’auto indulgence érigée en dogme. Bientôt, on pourra lire la réédition de ‘Cancer is a social activity’, recueil de textes, dessins et poèmes de Williams allant de 88 à 2005. Une image de l’avant. Mais, si, aujourd’hui, le propos des membre d’Arson Anthem est bien de positiver, il ne faut pas s’attendre, musicalement, à du jus de Nouvelle Star : ce premier EP, au son crade et où la tension ne se relâche jamais, n’est pas le baptême du feu pour des pyromanes aussi récidivistes, ce serait plutôt y verser de l’huile, du whisky, du sang, des fluides corporels et de la sueur inflammable, bref, toute l’essence du rock’n’roll. Jean Paul Coillard Heaven Shall Burn: ‘Iconoclast Part 1: the final resistance (Century Media)
Ne vous fiez pas à l’intro plutôt cool au piano de ‘Awoken’, les choses démarrent rapidement avec ‘Endzeit’ pour ne plus lâcher prise. Depuis dix ans, les allemands de Heaven Shall Burn proposent un metal fortement burné, devant autant à la scène de Gothenburg qu’à des formations ricaines du genre de Lamb Of God. Alliés avec la prod maison, le mixage signé Tue Madsen se révèle d’une totale efficacité. Quelque part un concept album –les iconoclastes étant les guerriers ‘envoyés’ pour punir les assassins de Dieu (tiens ? Celui-ci n’est donc pas éternel ?)-‘iconoclast’, à défaut d’une profonde originalité musicale, envoie cependant la gomme, et c’est déjà beaucoup. Le terriblement efficace ‘Forlorn Skies’ et son tempo martial tranche avec bonheur dans un début death metal malgré tout assez basique dans les premiers morceaux, mais ‘A dying ember’ poursuit la route avec une volonté tenace d’en découdre. Ce n’est d’ailleurs pas des titres comme ‘Joel’ ou l’ultra speed ‘Quest for resistance’ ou encore un ‘Black tears’ jonglant avec la mélodie ou encore le magistral ‘Against all lies’ qui feront dévier Heaven Shall Burn de leur route. Si un ‘equinox’ instrumental tardif atterrit là vers la fin, le final ‘Atonement’, aphone lui aussi, mais lourd et massif, redonne le ton pour la dernière valse, à coups de riffs sanglants. Un tantinet trop long, d’accord, mais l’énergie chevillée au corps, ‘Iconoclast’, reste, sinon un big bang, du moins un incendie assez dévastateur pour être vu et senti de loin.
Jean Paul Coillard
The Agony Scene: ‘Get damned’ (Century Media)
Troisième galette pour Agony Scene, quintet made in Oklahoma, produit cette fois par Andreas Magnusson, que l’on connaît déjà pour son boulot plutôt musclé sur les albums de combos teigneux comme Scarlet ou the Agony Scene, de l’écurie Trustkill, récemment partenaires de route de The Red Chord. C’est donc le premier pour Century Media, ce qui asssure également au groupe une distribution plus conséquente. Embrassant la cause du metal, on aurait pu s’attendre à quelque chose de saignant, de consistant comme un steak argentin. Mais voilà, durant cette petite trentaine de minutes, The Agony Scene, certes bon pour le son, se contente de reproduire à l’infini tous les clichés d’un metalcore dont des groupes comme In Flames ou Dark Tranquility avaient auparavant semé les graines. Résultat, l’ennui gagne rapidement malgré cette courte durée, et l’on se dit qu’on a hélas à faire à un groupe de plus dans ce genre déjà fortement encombré et dont l’originalité n’est plus qu’un lointain souvenir. A force de trop vouloir presser le citron, on n’en retire plus guère que les pépins. Bien que les qualités de musiciens des membres du groupe ne soient pas en cause, on se prend à user de la télécommande pour que cette agonie ne se révèle pas si longuette. Damned, damned, damned !
Jean Paul Coillard
Exodus: ‘The Atrocity Exhibition, Exhibit A’ (Nuclear Blast)
On avait laissé Exodus en 2005 avec un excellent ‘Shovel Headed Kill Machine’ qui laissait clairement entendre à tous que malgré leur long parcours, entamé aux côtés de Slayer, les trashers de la Bay Area, toujours largement sous-estimés, étaient loin d’avoir dit leur dernier mot. Toujours mené par Gary Holt, l’exode se poursuit donc avec ce nouvel album à la superbe pochette signée Seth Siro Anto, voilà pour l’extérieur, mais aussi enregistré, mixé et produit par Andy Sneap, qu’on ne présente plus, et fabriqué à la maison, aux Backstage Studios, en Angleterre, c’est dire si la couille est au menu. Petite mauvaise nouvelle, Paul Bostaph s’en est allé après l’enregistrement, mais le coeur des fans est léger malgré tout puisqu’il est remplacé par personne d’autre que Tom Hunting, batteur historique du groupe. Hypra technique, fort en gueule, chaleureux jusqu’à l’incendie, traversé d’éclairs, ‘The Atrocity Exhibition, Exhibit A’, dont le titre est emprunté au bouquin totalement frappé de James Ballard, enfonce donc dans la joie le clou de l’album précédent, à cent coudées d’un Megadeth plutôt péteux. Second album avec Rob Dukes, hurleur foutrement efficace, mais aussi avec Lee Altus à la seconde guitariste, qui ne laisse pas sa part aux copain, la livraison 2007 d’Exodus est littéralement à couper le souffle, tant au niveau de la prod que du jeu et de compos oscillant entre trois et dix minutes, tout étant réuni pour produire le meilleur album de trash de l’année. Certes, ‘Funeral Hymn’ ou le morceau titre sont totalement monstrueux, mais l’immense majorité des titres de cet album sont de ce niveau, et quand on pense que ‘Exhibit B’ est d’ores et déjà sur les rails, on se demande ce qu’on bien pu bouffer les Exodus pour avoir autant de hargne efficaces alliée à tant d’endurance et autant de talent. Cette ‘foire aux atrocités’ serait plutôt un vrai jardin des délices, bonded by blood, évidemment. Enjoy and bleed, et inversement. On traverse la mer Rouge en live quand vous voulez, les gars ! Jean Paul Coillard High On Fire: ‘Death is this communion’ (Relapse)
Voici enfin le quatrième galette, brûlante, volcanique, hautement éruptive d’High On Fire, ‘Death is this Communion’, et on ne peut pas vraiment dire que le trio californien se soit vraiment assagi. Pire, les années passant, Matt Pike et Jeff Matz, augmenté du batteur Des Kensel –auparavant dans Zeke, autre formation énervée sur le même label- remplaçant depuis un an Joe Preston, semblent avoir ici atteint leur point de combustion. Pour le néophyte, la voix de Matt ferait dire, les yeux bandés et un flingue sur la tempe, qu’il s’agit là d’un nouvel album de Motorhead, autre trio se suffisant à lui même, tant elle ressemble toujours autant à celle de Lemmy. C’est effectivement là une des références essentielles de High On Fire, pour les morceaux les plus violents s’entend, comme ‘Turk’, ‘Rumours of War’ ou ‘Fury Whip’. Car on trouve, disséminés au sein de cet album groovy, catchy et néanmoins totalement ‘high octane’, quelques instrumentaux (‘Khanrad’s Wall’, orientalisant, ‘Headhunter’ tout en batterie, ‘Dii’, plus orchestré) et des parties plus acoustiques, comme l’intro de ‘Waste of Tiamat’ ou ‘Cyclopian Scape’ et bien entendu des morceaux au tempo plus lent, lourd, menaçant, comme le morceau titre, par exemple, ou encore le très Motorheadesque ‘Ethereal’, avant de conclure avec ’Return to Nod’ un très grand disque, plein de sève et de jus autant que de pertinence artistique et citoyenne, sans que ce ne soit que des gros mots inutiles. Produit par Jack Endino, par ailleurs ingé-son, fameux pour avoir produit tous les grands groupes de grunge, de Nirvana à Soundgarden et de Tad à Mudhoney, ‘Death is this Communion’ se révèle bien plus puissant que son prédécesseur, ‘Blessed black Wings’. Il va également plus loin dans la critique sociale, notamment au niveau du gouvernement US et de l’église, mais aussi de l’effet de serre et de la salissure irrémédiable de la Terre par les industriels, les financiers et tous les inconséquents de la planète. La pochette, quant à elle, au travers de son monstre sorti d’un cauchemar de Conan le barbare, inspirée de cette grande influence qu’est Lovecraft, couvert de sang et de boue, transcrit l’inquiétude d’une possible future guerre nucléaire. On l’aura compris, précipitez vous sur ‘Death is the communion’. High on Fire Walk with me… Jean Paul Coillard Down : ‘Over the Under’ (Roadrunner)
On ne savait guère, il y a deux ans, ce que serait l’avenir de Down, supergroup de la Nouvelle Orléans, dévastée par le cyclone Katrina autant que son leader, Phil Anselmo, l’avait été par l’assassinat de son ex-comparse Dimebag Darrell. Mais le ciel s’était brusquement éclairci avec la parution, quelques très longues années après le monstrueux ‘Down‘ et son christ fumant, de ‘Down II, A Bustle in Your Edgerow ‘, second album d’un groupe que l’on croyait en sommeil à tout jamais, rejoignant dans les limbes une hypothétique reformation de Pantera mais aussi des projets tels que Eibon ou Inverted Cross, mais surtout se laissant supplanter par un Superjoint Ritual fort accaparant. La tournée triomphale qui s’en était suivi et la bonne santé manifeste d’Anselmo, au chant metal mêlé de sludge et de soul, et de son complice Rex Brown, toujours secondés par Pepper ‘Corrosion of Conformity’ Keenan, Kirk ‘Crowbar’ Windstein aux guitares et Jim ‘EyehateGod’Bower à la batterie montre parfaitement, sur disque comme sur scène, l’image d’un groupe uni, imperturbable, allant ensemble au combat et gagnant la victoire à la sueur de leur front. Lourd, puissant, avançant à la façon d’un rouleau compresseur, ce troisième album, comprimant les influences mêlées du southern rock, ‘Never Try’ notamment, du metal des origines, d’Hendrix et d’un Black Sabbath au meilleur de sa forme, ‘Over the Under’ est un album qui fait prendre son temps, pas forcément évident qu’il est aux premières écoutes, mais délivrant au fur et à mesure sa sève et son venin progressivement, pour que l’effet final n’en soit que plus mortel. Produits par Warren Riker, comme précédemment, enregistrés durant la tournée avec Heaven and hell, groupe de Dio et de Black Sabbath moins Ozzy, les douze titres d’Over the Under’ sentent bon le sud des USA, ce sud profond, crapoteux, moite et dangereux, élevé au whisky et au pétard, au serpent et à l’alligator. South never dies. Les héros, aussi, semblent immortels, malgré tous ces tourbillons qui les agitent. Un groupe, un ami puis une ville qui meurt. On attend de revoir Down sur scène, le plus vite possible : c’est un ouragan qui ne fait que du bien sur son passage, et dont ne mesure pas encore tout à fait l’impact. Jean Paul Coillard
Atreyu possède l’art de brouiller les pistes: mélangeant metal furieux (‘Becoming the Bull’, ‘Blow’) et metalcore mélodique, (‘Doomsday’, ‘Honor’), le punk et leur amour du metal des années 8O à la Skid Row, aussi bien que le hardcore mélodique de leurs débuts, toujours présents sur des titres comme ‘When the two are one’, on trouve aussi des moments tels que ‘No one cares’, et son intro de piano, ou des choses carrément pop comme ‘Falling Down’ ou ‘Lose it’, ainsi que ‘Slow Burn’ digne des Dickies de la grande époque, sans parler de leur morceau pacifiste engagé, ‘Can’t happen here’, sur l’horreur de la guerre qui peut se transporter n’importe où. Inclassable donc, le quintet d’Orange County qui finit son album sur une balade éponyme lumineuse, toute en claviers, guitares acoustiques et chœurs angéliques. Où va Atreyu ? En tous cas, pour l’instant, il se donne le droit de choisir, de piquer à tous les râteliers pour faire les disques de son choix et se faire plaisir, ce qui, au bout de dix ans, n’est pas donné à tout le monde. Ici, c’est à un disque varié, agréable, tonique, à quoi l’on a droit, même si les fans du groupe doivent aussi se demander à quel genre ils appartiennent. Mais est-ce bien le plus important ? Laissez vous simplement entraîner. Le cas échéant, comme le dit si bien leur chanteur, Alex Varkatsas, ça ne les empêchera pas de dormir. Alors, autant jeter une oreille. Jean Paul Coillard Roadrunner Roadrage 2007 (DVD) Tout nouveau, tout beau, oyez, oyez, bonnes gens, voici la nouvelle livraison du Roadrage 2007 de Roadrunner, à présent une véritable institution. Voici plusieurs années en effet que le label présente ses artistes de cette façon, à travers leurs dernières vidéos, qu’elles soient en studio ou en live. Une fois de plus, la polyvalence fait loi, et tout le monde y trouvera son compte : selon que l’on aime le metalcore, on appréciera les prestations de Killswitch Engage, Still Remains, Shadowsfall, Caliban et autres Sanctity. Pour les fans de metal plus traditionnels, Machine Head rappelle qu’il a sorti un excellent album, et que Zakk Wylde n’est pas un nain non plus, idem pour Jaimie Jasta qui, à la tête de Hatebreed, prouve qu’avec eux, le hardcore est entre de bonnes mains. Le black metal est dorénavant bien représenté avec Satyricon, toujours superbes, et les esthétiquement répétitifs Cradle of Filth, sans oublier les petits jeunes de Daath, si prometteurs. On retrouve également le metal prog de Dream Theater et le prog tout court de Procupine Tree, mais la part belle est bien sûr faite aux vedettes maison que sont Slipknot et Stone Sour, avec trois vidéos, ce qui est également le cas pour Trivium, petits enfants de Metallica. Mentions spéciales pour les vidéos de Pain (Zombie Slam) et de Devildriver (Not all who wander are lost), hommage au Dracula de Coppola. Sans commentaires, musicaux ou autre, sur Nickelback ou Megadeth et son…beau duo. Et, comme on est poli, les dames passent à la fin, avec les images de Delain et Delight, menée par de charmantes jeunes dames à l’avenir prometteur dans un genre par ailleurs surchargé : Annette venant de détrôner facilement Tarja de Nightwish, on attend à présent une même révolution chez Lacuna Coil, ce qui ne serait pas du luxe. Bref, ici, tous les genres sont représentés, et chacun pourra donc y trouver son bonheur tout en se cultivant : comme on l’aura compris, des vedettes aux petits nouveaux, des jeunes aux anciens, des intimistes aux débordants, tout le monde est là, sur le pont, pour la revue de détail. Ce serait dommage de passer à côté. Squeezez les programmes musicaux télé indigents, et faites vous plaisir. Bip Bip. Jean Paul Coillard
Sacré ‘Best International Newcomer’ récemment par le magazine Kerrang !, comme quoi ils déconnent légèrement depuis qu’ils ne bouffent plus que du metalcore, Madina Lake a donc le vent en poupe, et propose ‘From them, through us, to you’, leur premier album, pour Roadrunner. Attention, ce titre est à tiroirs: on pourrait en effet penser que Madina Lake, tel Thierry Becarro ou François Fillon, ne fait guère que passer les plats, ne mettant lui-même aucunement le petit doigt dans la sauce, ne tournant aucun bouton, n’accommodant aucun ingrédient, et servant donc, précuit et préemballé, cet album sur la table du client, toujours attentif de quelque chose sortant de l’ordinaire. Et on aura raison. Le point culminant de la biographie des jumeaux Leone, Nathan et Matthew, est certes d’avoir remporté le jeu de télé réalité ‘Fear Factor’ et ses 50 000 dollars pour financer démos et tournée avec l’achat d’un van, mais ce n’est pas une raison, même si on a perdu sa maman, pour sortir un genre de Tokio Hotel made in Chicago, juste bon à faire (peut être) mouiller les pisseuses pré-pubères. Un rock bien propre et bien mignon, à l’image des frangins Leone, plus abonnés à Ok Magazine qu’à Terrorizer. On aurait bien pu tirer parti du concept de cette ville des 50’s, Madina Lake, fictive comme son héroïne, Adalia, mystérieusement disparue, nous dit on. Il est probable qu’elle a fait une fugue, qu’elle a mit les bouts, sans attendre la suite du traitement musical qui lui était réservé. N’est pas My Chemical Romance qui veut, et ‘From them, through us, to you’, désigne donc les coupables de cette plate galette, que l’on se plait, comme un petit frisbee, à renvoyer à l’envoyeur. En espérant que ce ne soit pas un boomerang. On en a autant besoin que d’un retour de Huey Lewis and the News ou des Eagles, c’est tout dire… Jean Paul Coillard
Still Remains: ‘The Serpent’ (Roadrunner)
Troisième album pour le sextet du Michigan, se dégageant finalement de sa voie metalcore du début pour s’en aller voir dans des horizons aussi divers que Killswitch Engage ou Children of Bodom, leurs deux héros revendiqués, bien que s’apparentant surtout aux premiers. S’ouvrant avec un instrumental au synthétiseur, ‘The Serpent’ poursuit dans une veine mélodique qui n’est pas cependant sans rappeler les grandes influences de cette scène que sont In Flames ou des groupes comme Shadowsfall ayant viré leur cuti, mais aussi parfois Muse, pour le coté moins extrême, notamment au niveau du refrain de certains morceaux. La (mauvaise) surprise vient cependant au milieu de l’album, avec un ‘Maria’ rappelant U2 jusqu’au cauchemar, ainsi d’ailleurs que ‘Dancing with the Enemy’, avant que le titre ne dérive heureusement vers une balade bien plus sombre. Sortant des ornières du metalcore, Still Remains semble trouver son chemin au milieu des décombres de son passé, bien que de petites marques subsistent de ci. Le départ du bassiste Evan Willey et du clavier Zach Roth, remplacés respectivement par Steve Hetland et Ben Schauland est probablement pour quelque chose dans cette mutation, produisant ainsi un album très catchy à défaut d’être particulièrement original, ce qui n’est déjà pas si mal, me direz vous. Produit par Steve Evetts, moissonnant des champs aussi divers qu’Hatebreed ou The Cure, mixé par un Logan Mader revenu d’entre les morts de son après Machine Head, ‘The Serpent’ est donc la marque de la mue de Still Remains. Si le metalcore, comme son ancêtre maudit le neo-metal, n’a pas inventé la poudre, certains savent au moins tirer…leur épingle du jeu. Encore ne faut il pas se tromper de cible et fourguer comme une bête dangereuse un serpent somme toute relativement inoffensif. Ici, le talent de gratteux d’Alexi Laheio ou la folie pure d’Adam Dukiewickz font cruellement défaut à un serpent plus proche de l’orvet que du python royal.. Jean Paul Coillard Himsa: ‘Summon in thunder’ (Century Media)
Mine de rien, gagnant du terrain de tournée en tournée et d’album en album, Himsa se retrouve aujourd’hui dans la cour des grands avec ‘Summon in thunder’, premier albums des ‘fous de Seattle’ pour leur nouveau label, Century Media. Après un ‘Hail of Horror’ fort acclamé en 2005, Himsa remet le couvert pour un quatrième album marquant le retour de Sammi Curr, guitariste séminal du groupe, formant désormais avec Kirby Johnson un étonnant numéro de duettiste du manche, idéal pour soutenir la voix puissante de Johnny Pettibone. Metal vivant, juteux, speed, devant autant au trash old school de Slayer, Death et Testament qu’à la nouvelle scène bruyante, cet album marque une fois de plus la bonne santé du metal ricain. On pourra également y trouver un titre presque doom, plus lent et plus sombre, ‘Den of infamy’, bienvenu dans ce torrent de décibels produit, comme il le fut déjà pour ‘Courting tragedy and disaster’, par Steve Carver. Ajoutons que Tue Madsen est cette fois au mix et que ce grand fou de Devin Townsend s’est occupé des voix, et vous aurez la mesure de ‘Summon of thunder’, et vous comprendrez que le patronyme du groupe, signifiant au départ en sanscrit ‘paix et harmonie entre tous’, devienne alors comme son reflet grimaçant et d’une haute teneur énergétique. Jean Paul Coillard Nightwish: ‘Dark Passion Play’ (Nuclear Blast)
Il aura fallu attendre pratiquement deux ans après le ‘split’ d’avec Tarja pour connaître la remplaçante de celle-ci, travaillant désormais en solo. C’est aujourd’hui chose faite avec la Suédoise Anette Olzon, et l’on peut dire que Nightwish n’a plus vraiment de raison de s’en faire, à moins que les fans ne boudent l’arrivée de cette nouvelle figure de proue, au chant et au look fort différents de leur chanteuse emblématique. Pour ce faire, legroupe Finlandais a payé le prix fort, prenant pension aux célèbres Abbey Road studio de Londres et louant également les services du London Session Orchestra ainsi que de plusieurs chœurs, et remporte le jackpot : jamais un album de Nightwish n’a sonné aussi fort, aussi puissant, dès ce premier ‘The Poet and the Pendulum’ ouvrant de façon magistrale ‘Dark Passion Play’, disque d’une rare intensité sonore, alternant passage heavy et symphonique. La voix d’Anette, ex-chanteuse dans plusieurs tribute bands d’Abba, bien plus pop et rock que Tarja, procure du coup au groupe ce côté urgent, totalement accrocheur dans des titres comme ‘Bye bye beautiful’, ‘Amaranth’ ou autre ‘Cadence of her last breath’, voire le féerique ‘Sahara’. Le chant moins pompeux qu’il pouvait l’être auparavant d’Anette, aussi à l’aise ici dans l’envol épique que dans le calme mélodique d’un ‘Eva’, par exemple, complète parfaitement l’éclate musical de ses nouveaux collègues. Même si la voix de Tarja reste parfaite dans sa catégorie, Tuomas et son groupe semblent ici avoir trouvé leur partenaire idéale, cependant que Marco Hietala, amoureux de la NWOBHM et du trash old school à la Megadeth se lâche totalement au chant sur des titres enragés comme ‘Master Passion Greed’, ou l’acoustique celtique superbe ‘The Islander’ qu’il a lui-même composé, ‘enchaîné sur l’instrumental de la même veine, mais plus proche du huppa Finlandais, ‘The last of the wilds’. Album long que ce ‘Dark Passion Plays’-qui se termine en apothéose avec ‘7 days of the Wolves’ et surtout le magnifique ‘Meadows of Heaven’- et alors ? Veut on aussi réduire un film de David Lynch ou un concerto de Beethoven pour le faire ressembler à un titre des Ramones ou de Pig Destroyer ? On n’est jamais obligé d’écouter les disques d’une traite, d’ailleurs, dans ce faux débat sur la longueur. Mais bref, une nouvelle ère s’ouvre donc pour Nightwish, celle de tous les possibles, à laquelle on ne croyait plus guère : cold as ice, hot as Hell. Night wish you well… Jean Paul Coillard
Epica: ‘The Divine Conspiracy’ (Nuclear Blast)
On peut dire que cette divine conspiration est l’album le plus ambitieux d’Epica à ce jour, mais aussi que ce nouvel album, le troisième, est le meilleur sorti par le quintet Hollandais auparavant responsable de ‘Consign to Oblivion’ en 2005. A croire que, parfois, le metal est une affaire de couple : après le brillant ‘Rise of the Tyrant’ d’Arch Enemy, Simone Simons et Mark Jansen, en osmose complète dans l’écriture comme dans la vie, proposent ici avec leurs collègues un album très fort, définitivement mature et bien plus metal, sorti sous la bannière de leur nouveau label, Nuclear Blast, au catalogue déjà impressionnant. Le chant hurlé de Mark forme le contrepoint parfait de la voix de sirène de Simone pour ce disque riche et haut en couleurs mais également intégré dans son époque, avec un très net et sympathique penchant pour la lutte des femmes et contre l’oppression de la religion, quelque soit sa forme. Les parties de claviers sont superbes, les parties classiques discrètes et les guitares ne sont pas en reste, passant de l’acoustique au binaire bien gras et destructeur, ponctuant le disque de solos aux petits oignons. Les fans ne pourront qu’apprécier la splendide pochette avec Simone en tenue d’Eve, tatouée et songeant dans le jardin d’Eden. Mais pas de racolage pour faire vendre, ce n’est pas le genre de la maison. Simplement une vision du Jardin interdit, sans Dieu le père castrateur, et surtout avec ‘The Divine Conspiracy’ vissé aux oreilles, et vous aurez une idée très nette du Paradis. Si vous chopez l’édition limitée, vous aurez en prime, outre un packaging très soigné, la première vidéo extraite de l’album et la reprise du ‘Replica’ de Fear Factory. Paradise lost and found again. Jean Paul Coillard Arch Enemy: ‘Rise of the Tyrant’ (Century Media)
Dès ‘Blood on your hands’, le ton est donné: le son est fort, très fort, et le niveau aussi. Le riff est assassin, la rythmique plombée, la voix d’Angela semble percer les murs et les guitares sont plus que carrées, tant en rythme qu’en solo. Il faut dire que Christopher Amott est rentré au bercail, après deux ans d’absence, et les deux frangins s’en donnent à coeur joie sur leurs manches respectifs. On l’aura compris, ‘Rise of the Tyrant’, à nouveau produit par Fredrik Nordstrom et mixé par Andy Sneaps fait mal, très mal, et c’est en quelque sorte la suite logique du grand ‘Doomsday Machine’ de 2005, étape énorme dans l’ascension fulgurante du groupe depuis l’immense ‘Wages of Sin’ en 2002. Plus que jamais uni dans la bataille, le groupe plante son drapeau partout là où il passe. Trois titres suivent, dans une veine metal mélodique saupoudré d’acoustique, mais le sang se remet à couler avec ‘Revolution Begins’, où Angela chante d’une manière sépulcrale. Album riche et fort en bouche, ‘Rise of the Tyrant’ est interrompu dans sa marche par ‘Intermezzo liberté’, instrumentale qui casse quelque peu le rythme de la machine. Celle-ci redémarre dans l’enthousiasme avec ‘Night falls fast’ et atteint son sommet avec ‘The Great Darkness’, mené tambour battant et enchaîné avec un ‘Vultures’ final et menaçant. ‘Rise of the Tyrant’, l’album comme le titre du morceau, est donc quelque chose de somptueux, d’énorme, à l’image de cet extrait de péplum qui ouvre le titre, lui-même suivi de ‘The Day you Died’, un vrai bonheur de headbanger. Puissant, impérial donc, chapeau bas pour Arch Enemy et Angela : si c’est la voix d’un ange, c’est celui de la mort, une mort pétante de vie. Jean Paul Coillard
The Red Chord: ‘Prey for eyes’ (Metal Blade)
Pas mal d’eau a coulé sous les ponts depuis un certain ‘Fused together in revolving doors’ en 2002, et surtout depuis la sortie du genial ‘Clients’ en 2005, basé quant à lui sur le thème de la maladie mentale. Depuis, en effet, succès oblige, Guy Kozowyk, chanteur-auteur, a lâché son job si inspirant de pharmacien proche d’un H.P, un vrai ‘job for a cowboy’, pour mener son gang sur les chemins. Si The Red Chord a perdu le guitariste Johnny Fair dans la bagarre, ce n’est que monnaie courante dans la vie d’un groupe au line up aussi fluctuant. Ici, avec ‘Prey for eyes’, The Red Chord reste fidèle à la composition de son remède fétiche : un tiers de death metal, un tiers de hardcore, du grind et de l’étrangeté, panacée qu’il délivre dans la joie et la déjante totale. Produit par Eric Rachel, à nouveau habillé par le grand Paul Romano, ce troisième LP en forme de boulet rouge est également mieux construit que les précédents, tout en ne relevant pas du concept album comme son prédécesseur. S’il ne fait pas exception en matière d’influences, ‘Prey for eyes’ propose cependant un ovni, ‘It came from over there’, instrumental science-fictionnaire délivré avec l’aide de Mirai Kawashima, du groupe japonais extrême Sigh, aux claviers multiples. Pour tout le reste, Guy écrit, avec son sang et sa sueur, l’histoire de The Red Chord, au travers de textes essentiels qu’est le groupe pour la bonne santé et l’avenir du metal. Applaudissons donc ce groupe, toujours sur la Chord Red. Jean Paul Coillard Divine Heresy: ‘Bleed the fifth’ (Roadrunner)
Prenez deux types qui savent y faire, deux bandits de grands chemins avec de la bouteille : un guitare hero de la Bay Area, co-fondateur de Fear Factory et le batteur d’Hate Eternal, groupe de death metal surgit des entrailles toujours brûlantes de Morbid Angel, groupe référence s’il en est. Deux zigues en rupture de banc de leur groupe respectif, s’adjoignant les services d’un quasi inconnu, Tommy Vext, au chant, et ce cocktail donne aujourd’hui le trio Divine Heresy. Ca faisait un petit moment qu’on attendait des nouvelles de Dino Casares, l’homme au riffs qui tuent et au bide en forme de stratosphère. On suivait de loin en loin ses aventures extrêmes avec Brujeria, mais ‘Bleed the fifth’ marque son grand retour sur la scène metal, ainsi que celle de Tim Young, divorcé de son combo d’origine. Mais c’est hélas un film d’action en demi teinte qui se déroule ici, sous nos yeux et nos oreilles. Certes, la guitare de Dino est toujours ce qu’elle est, puissante et impressionnante de technique, à l’image de la batterie, tout en doubles pédales vengeresses, de Tim Young. Le problème se situerait plutôt au niveau du chant, plutôt sans reflet, de Tommy Vext, ainsi qu’à la linéarité des compos du trio, faisant qu’un petit ennui gêné se fait jour à l’écoute de ‘Bleed the fifth’, par ailleurs co-produit, avec Lucas Banker, sous le sobriquet de Dirty Icon, par Logan Madder, ex-Machine Head. On ne peut donc cacher une certaine déception d’avoir de plus attendu si longtemps pour découvrir les nouveaux exploits de Dino et Tim, alors qu’il aurait fallu frapper là un grand coup. Dino Casares tire toujours aussi vite que son ombre, ce qui reste une excellente nouvelle, mais on aurait apprécié plus de folie, d’originalité de la part de Divine Heresy, délivrant du coup un honnête album de metal, puissant et bien produit, mais en deçà de nos attente légitimes au vu du palmarès de ses membres. Espérons que l’avenir fera revenir dans le droit chemin de l’extrême ces vilains garçons, histoire de les remettre en selle dans le coeur des fans. Jean Paul Coillard 3 Inches of Blood: ‘Fire up the blades’ (Roadrunner) Le battle-metal, le Viking-metal, est un genre très à part, que peu de groupes peuvent se vanter de pratiquer avec aisance. Cependant, après les finlandais de Turisas ce même mois, voici ‘Fire up the blades’, troisième album des canadiens de Three Inches of Blood, qui s’en éloigne à grande vitesse. En effet, malgré ce que les titres de leurs morceaux et les pochettes de leurs disques pourraient laisser supposer, le sextet de Vancouver pratique un metal à cent coudées de copieurs de Manowar voulant impressionner Maiden ou Mercyful Fate tant par leur chant que leurs solos, lorgnant plutôt vers un black assez sombre, speed et echevelé, mais toujours aussi heavy : si c’est de guerre et de batailles dont il s’agit ici, l’épopée n’est pas glorieuse ni pleine de chants de victoires joyeusement troussés, mais davantage de la plainte des blessés et des souffrances des combattants. Un genre de scénario post-apocalyptique, à l’image des concerts du groupe, trop rares par ici. Changements drastiques dans les rangs de la force, avec le départ puis l’arrivée de deux nouveaux membres en son sein, ne subsistant que le noyau fondateur de Cam Pipes, la voix haute, et Jamie Hooper, la voix plus basse, les deux chanteurs tarés du combo. ‘Fire up the blades’ est produit par un Joey Jordison au mieux de sa forme, et qui décidément s’extériorise de plus en plus, notamment dans ce véritable KO métallique, auquel on peut néanmoins reprocher un semblant d’uniformité, malgré que des titres comme ‘Black Spire’ se détache vraiment du lot. Mais le choc reste malgré tout étonnamment sévère, jusqu’au final, court mais très médiéval, de ‘Rejoice in the fires of man’s demises’. Battlefield hurts…
Turisas :
‘The Varangian Way’ (Century Media) Le battle-metal, le Viking-metal, est un genre très casse gueule, et peu sont capables de mener l’opération à bien. N’est pas Richard Fleischer qui veut ! Et voici que Turisas propose aujourd’hui son ‘Varangian Way’, un genre d’épopée haute en couleur et en chant clair, au rythme trépidant et à l’hymne omniprésent, pleine de bateaux et de raids en le long des fleuves et des mers, tirée du Kalevala. Le système de canaux utilisé par les Varangues autrefois reliait la mer Baltique à la mer Noire. Parfois fallait il transporter les lourds bateaux à pied, entre deux bras du fleuve. C’est leur histoire qui est contée ici, ses pionniers émigrant vers l’est et le sud, jusqu’à Constantinople. Alliant le heavy au folk metal, Turisas parvient à établir cette jonction périlleuse entre épique et légende sans tomber dans le troisième degré hollywoodien. Au contraire, ‘Varangian Way’, retraçant le voyage d’un groupe de Nordiques en route vers l’est, chose peu commune, pour retrouver leurs racines. Il faut dire que Turisas est Finlandais, pays longtemps annexé à la Russie et ne trouvant son indépendance qu’après la seconde guerre mondiale. Après la flamboyante ouverture qu’est To Holmgard and Beyond’, ‘A portage to the Unknown’ est un ‘Plaine ma plaine’ revu par le metal british, tantôt que ‘Cursed be Iron’ est nettement plus sauvage. Le courageux équipage de guerriers, tantôt progressif, tantôt agressif, s’enfonce ensuite dans les plaines slaves, jusqu’à cette ‘Court of Jarislief’ sortie des mille et unes nuits et les ‘Dnieper Rapids’ sur lesquels il s’élance gaillardement. Mariant dans sa conquête instruments modernes et traditionnels, superbe chant clair et chant hurlé, tout deux par le compositeur en chef Mathias ‘warlord’ Nigard’, musique actuelle et ancienne, Turisas nous offre ici de partir avec eux en un voyage paganiste et plein de vie au bout de la quête de ses origines, avec la superbe conclusion de ‘Miklagard Ouverture’, non sans rappeler ‘In the Court of the Crimson King’ de King Crimson. Après un ‘Battle Metal’ chéri de journaux comme Metal Hammer et Terrorizer en 2005, Turisas décolle ici avec une facilité tout à fait surprenante, devenant le chef de file d’un mouvement finlandais alliant folk, doom et metal épique, les new Lords of the Ring. Jean Paul Coillard
DevilDriver: ‘The last kind words’ (Roadrunner) Dez Fafara, ex Coal Chamber, parce qu’il ne rechigne jamais à se salir les mains, retourne plus que jamais au charbon avec ce 3è album de DevilDriver, ‘The last kind words’ : plus haut, plus vite, plus fort, car tel était le but pour un chanteur ayant raté plusieurs coches avec son groupe précédent, pour tout un tas de raisons. Ici, point de radoucissement en vue. Au contraire, le temps s’est tellement gâté que les nuages, de plus en plus noirs, ont fini par éclater sur les plages guère ensoleillées de ce nouveau disque, dont la trame est quelque part la recherche d’une humanité quelque peu perdue. Produit par Jason Suecof et Mark Lewis, le duo ‘responsable’ des derniers Trivium, Chimaira, autres poids lourds du metal actuel, cet album, de plus mixé, certes peut être un peu trop rapidement, par Andy Sneap, se révèle illico rapide et dur, opposé au metal core et au chant clair si en vogue à l’heure actuelle. Privilégiant le metal pur et dur, à l’image de son leader, ‘The last kind words’ marque un nouveau pas en avant après les approximations soniques de ‘Fury of our maker’s hands’ il y a deux ans. Entre les anges et au dessus de la bête, telle doit clairement être la devise de l’homme. Mélange de death, de trash, de metal tout court, Devil Driver s’impose avec le jeu tout en puissance de John Boecklin et la présence terriblement efficace du duo carré et couillu Mike Spreitzer / Jeff Kendrick aux guitares, taillant férocement la route pour un Def Fafara qui décolle enfin dans un album parfois inégal mais plein de fougue et de bonne volonté ainsi que d’un formidable appétit d’en découdre. Drive the Devil. Jean Paul Coillard A new moon rising: Marilyn Manson: ‘Eat me, drink me’ (Interscope / Universal) Cette nuit, quelqu’un a frappe à ma porte. Je lui ai ouvert et, l’ayant immédiatement reconnu mais restant sur la défensive, malgré tout, j’attendais de voir ce qu’il avait à me dire après une aussi longue absence, ponctuée de quelques cartes postales anonymes. Celles-ci montraient surtout un éparpillement physique, mental et artistique, pour la plus grande joie des tabloïds jaloux à en crever de sa gloire passée, à laquelle ils avaient grandement contribué, et s’acharnant à présent sur ce qu’ils croyaient être son cadavre. ‘Eat me, drink me’, me dit il. Il était là pour parler de lui. Comme d’hab. Mais cette fois le ton avait changé, Hollywood et le grotesque avaient été mis au placard. Nu, il montrait de vraies photos de ses blessures, de guerre, d’artiste et d’homme. Me parlait de cette peur d’avoir à jamais été terrassé, phagocyté par le monstre qu’il avait crée, un grand guignol devenu marionnette incontrôlable, un Chucky pour Dior et Galliano. Il m’a montré un petit film où il apparaissait dans un lit couvert de sang avec sa nouvelle compagne. Fini le SM, vive le real sex. Et il m’a fait écouter sa nouvelle musique, racontant tout cela. Alice à travers le miroir et ce qu’elle y trouva. Bonnie and Clyde, faisant à présent chemin ensemble. Une musique écrite et produite par lui, 11 titres dont la qualité générale surprend à nouveau, après une longue ellipse, une descente aux enfers ponctuée de mariage raté et de défilés people, de solitude surtout, des peintures très belles et des films en devenir n’arrivant pas à satisfaire le fan de musique, persuadé de s’être fait baiser dans l’aventure, alors que son idole était en pleine déconfiture personnelle et commençait à ressembler à une Betty Davis recluse, chagrine et alcoolique. Mais son amour des feux de la rampe et son amour tout court lui ont botté le cul pour la bonne cause et ‘Eat Me, drink me’, parabole sur le monde effrayant et fascinant de Lewis Carroll mâtiné de Bowie et de Bauhaus à la sauce ‘Smell like Children’ et ‘Mechanical Animal’ avec quelques pincées de rock eighties, montre que Marilyn a probablement, quel horrible mot, atteint l’âge de raison, mais aussi et surtout celui de l’envie de vivre et de le faire au grand jour, loin de toute une paranoïa pourtant savamment orchestrée au fil des ans. C’est donc au portrait au vitriol d’un American boy auquel on a droit ici. Traversé de très grands moments, mais si parfois l’absence d’un véritable alter ego se fait sentir au détour d’un solo ou d’un chorus de guitare, cet album marque le retour éclatant de Manson à des affaires qu’il avait quelque peu laissé péricliter, partagé entre tubes potentiels et musique très personnelle, loin d’un égotisme tapageur à la ‘Golden Age of Grotesque’ ou d’un vide navrant à la ‘Hollywood’. A nouveau, je lui servis un verre, remplis son assiette, le complimentant sur son disque, son look retrouvé, son nouvel amour, son retour sur le devant de la scène. Il m’a sourit. L’enfant prodigue est revenu au bercail. Le God of Fuck est de retour. Les anges n’ont qu’à bien tenir leur culotte… Jean Paul Coillard
Dream Theatrer: ‘Systematic Chaos’ (Roadrunner) Depuis plus de vingt ans, Mike Portnoy et John Petrucci s’emploient à homologuer un genre improbable mixant deux genres qui leur tiennent particulièrement à coeur, à savoir le prog rock et le metal, et plus précisément, dit on, entre Pantera, (mais plutôt Metallica ou Megadeth), Rush et Floyd. Serait-ce donc l’île du docteur Moreau dont il s’agit ici ? Les albums de Dream Theater, autant d’expériences abominables menées par un savant fou, seul sur son île ? Leurs concerts sont ils des ‘house of pain’ ? En tout cas, la démarche de Dream Theater, poursuivie sans faillir depuis 1985, se joue et se contrefout bien de toute remarque et de toute attaque et joue, honnêtement donc, le jeu qui est le leur, et foin de savoir s’il s’agit là d’une ‘zique de vieux’ qu’on veut faire gober à des nouvelles générations, le fait est que le groupe fait ce qu’il veut depuis toujours, ce qui n’est déjà pas si mal au jour d’aujourd’hui. Après, il faut aimer la forêt noire, surtout après un super cassoulet arrivant lui-même au sortir d’un apéro monstrueux mais sans alcool. C’est un peu ici le repas complet proposé par DT pour son nouveau label, Roadrunner, multipliant comme toujours signatures et exploration de nouveaux styles. ‘Forsaken’, monstrueux morceau épique en deux parties, ouvrant et fermant l’album sur une durée de vingt deux minutes (l’album en fait plus de soixante dix huit, soit la réunion d’un double Yes et d’un single de Pig Destroyer) donne le ton de la cuisine de l’endroit, pour ceux qui n’étaient pas au courant. La virtuosité technique à toute épreuve est bien sûr au service de la musique de Dream Theater, mais on est cependant largement en droit de préférer un Opeth, un Porcupine Tree ou les véritables folies d’un Devin Townsend pour s’accommoder facilement de cette joliesse molle, de cette sauce le cul entre deux ou trois chaises, ce qui n’est jamais très prudent. Ou alors réécouter un vieux Crimson ou n’importe quel disque de metal un peu couillu. Parce que là, franchement, à propos de progressif, on tombe sans s’en rendre compte dans les bras de Morphée ou alors on pète les plombs. Et ça, involontairement, c’est vraiment metal. Jean Paul Coillard Neurosis:’Given to the Rising’ (Neurot/ Differ-Ant) J’avoue franchement, en tant que fan, avoir lâché l’affaire Neurosis depuis quelques années, après quelques albums moins excitants que le génial ‘Times of Grace’ de 99, portant magnifiquement son nom, et les disques le précédant. Bien que toujours très active sur plusieurs fronts, la tribu Neurosis semblait cependant avoir entamé comme une sorte de paresse discographique, démentie par de surprenantes performances live, auxquelles nous n’eûmes pas droit par ici. Et voilà que déboule, comme ça, tout de go, ce ‘Given to the Rising’ en forme de bienheureuse surprise, 10 titres pétant l’eau et le feu. Dès le morceau titre, on sent bien que la sève coule à nouveau, dégouline même de ce grand disque puissant, hanté, riche en atmosphères autant qu’en sensations fortes, rappelant bien que dans la Bay Area il y a toujours eu autre chose que des trashers et des clones d’Axl Rose. Une force vive, explosive, exploratrice, anarchiste, communautaire, construisant année après année une œuvre protéiforme souvent digne du plus grand intérêt, mariant indus et metal, ambiant, post rock et expérimentations sonores avec délires psychédéliques. Après avoir inspiré toute une vague de groupes ayant le vent en poupe, de Mastodon (Scott Kelly ayant par ailleurs participé à leur dernier album) à Isis en passant par Pelican et d’autres, Neurosis nous revient aujourd’hui totalement guéri, c'est-à-dire la bande de grands malades qu’ils n’auraient jamais du cesser d’être depuis 20 ans. C’est dans les vieux pots qu’on fait les meilleures soupes, dit on. Et celle-ci brûle, consume, dévore. La guerre sonique est à nouveau déclarée. Neurosis vainqueur par K.O. A sun that never set, man! Un des très grands albums de l’année. Jean Paul Coillard Megadeth : ‘United Abominations’ (Roadrunner) Nouvellement signé sur un Roadrunner étendant de plus en plus sa palette artistique, Megadeth revient aujourd’hui avec un ‘United Abominations’ devant en fait être le premier album de solo de Dave Mustaine désirant poursuivre sa route en solitaire…mais n’est ce pas là ce qu’il a toujours fait depuis son exclusion de Metallica il y a plus de vingt ans ? Toujours aussi clean, repenti et pétri d’ego, le leader de l’un de ceux que l’on avait jadis baptisé les ‘fab four du trash avec Slayer, Metallica et Anthrax revient donc avec cet album mixé par un Andy Sneap toujours aussi efficace. Divisé en deux sources d’inspirations bien distinctes, la critique sociale et politique avec des titres comme ‘Gears of War’, ‘Washington is next’ ou ‘Amerikhastan’ , par ailleurs les meilleurs comme ce dernier, traversé belles parties de guitare, et aussi des morceaux d’inspiration plus personnelle comme un ‘Burnt ice’ dénonçant les méfaits de la drogue, ‘Play for Blood’ sur l’aliénation des jeux vidéo ou ‘Never Walks alone’, ‘United Abominations’ voit aussi hélas le réenregistrement du ‘classique’ du groupe au ridicule refrain en français, ‘A tout le monde’, en duo avec l’ineffable Cristina Scabbia, guest aussi indispensable au rock qu’Asia Argento l’est au cinéma pour ce mélange d’Europe et d’Aerosmith. Les atrocités commises par les Nations Unies de par le monde donnent leur titre à ce nouvel album, sur lequel les jeux de mots seraient trop faciles. La pochette, elle-même assez laide, voit avec stupeur le retour de la mascotte Vic Rattlehead, mais avant sa mort, alors qu’il n’était qu’un simple craignos en vadrouille avant d’orner la pochette que ces super disques que furent ‘Killing is my business…’, ‘Peace Sells…’ et ‘Rust in Peace’. Désir de nouveau départ ? En tous les cas, un trop trop clean pour du trash, si vous voyez ce que je veux dire, pour que les crocs mordent vraiment dans la viande. Plus proche de Ted Nugent que de Kerry King, anyway. ‘Peace sells…’but does shit too, à longue échéance? Next time maybe, baby… Jean Paul Coillard Paradise Lost: ‘In Requiem’ (Century Media/ Nocturne) Il aura fallu l’arrivée de Rhys ‘Frontline’ Fulbert à la prod pour booster un Paradise Lost en quête d’identité depuis l’arrivée du nouveau millenium. On retrouve d’ailleurs ici, grâce au boulot auquel s’est attelé le bonhomme depuis maintenant trois albums, le son bien lourd et puissant que l’on avait un tantinet perdu de vue depuis l’après ‘Draconian Times’, et ce mélange de gothique heavy, de metal et d’electro qui avait fait sa réputation au sortir de sa première époque death metal. La guitare de Greg McIntosh se révèle ici tout au long des plus efficaces, épaulé par une rythmique sans faille, dont le nouveau batteur Jeff Singer est en partie pleinement responsable. Quant à Nick Holmes, une référence dans son genre, il retrouve ici le plaisir d’une déclamation quelque peu laissée de côté sur les albums précédents et sa voix possède toujours ce timbre particulier, entre chaleur et glace, mais toujours chargé d’émotion. Ajoutez à cela la superbe pochette signée Seth et la vidéo extra concoctée pour ‘The Enemy’ par le mystérieux Edward 209 et vous aurez entre les mains un grand disque de Paradise Lost, un des meilleurs depuis des lustres, n’en déplaise à son titre. Eteignez les lumières, allumez les bougies !
Jean Paul Coillard Pain: ‘Psalms of Extinction’ (Roadrunner)
Sortant d’un divorce douloureux, painful pourrait on dire, Peter Tagtgren, tout en assurant la prod du fantastique ‘Monotheist’ de Celtic Frost, se remet, entre deux albums d’Hypocrisy, au boulot sur Pain, histoire de donner un digne successeur à un ‘Dancing with the dead’ au succès quasi essentiellement scandinave et à la sortie mondiale sabotée. Pour ce faire, le producteur célébrissime de Dimmu Borgir, de Marduk et d’Immortal entre autres signe sur Roadrunner, histoire de se sortir des filets d’Universal qui le traitait obstinément comme du menu fretin. C’est donc avec une grande lueur d’espoir que l’on aborde ce ‘Psalms of extinction’, mais la partie n’est pas vraiment tout de suite gagnée. En fait, l’album peut se diviser en trois parties, ce qui est déjà beaucoup : trois premiers titres très forts, les deux premiers voyant la contribution du bassiste Peter Ivers d’In Flames, tandis que ‘Zombie Slam’ accueille dans sa danse Mikkey Dee de Motorhead à la batterie. Mais les choses se gâtent avec’Psalms of Extinction’ et ‘Clouds of Ecstasy’, celle-ci étant peu au rendez vous. ‘Play Dead’, reprise de Bjork, fait mouche ensuite et relance la machine qu’on croyait grippée. Trois excellents titres suivent, alliant les ambiances techno au metal de ‘Walking on glass’ et à un ‘Bitch’ teinté d’électro, tandis que la part du lion est taillée par ‘Just Think again’, morceau de plus de sept minutes avec en guest Alexi Leiho à la guitare. Produit par le Tag’ lui-même et enregistré à la maison, aux fameux Abyss Studios, ‘Psalms of Extinction’ devrait au contraire marquer une renaissance certaine pour Pain. Sans parler d’évolution véritable, ce cinquième album est suffisamment varié pour rendre compte de toutes les facettes du guitariste/chanteur/producteur dans des registres différents du death mélodique cher à Hypocrisy. Jouant sur les différences de rythmiques autant que sur les styles traversés, mariant avec bonheur le metal avec l’indus et l’electro, Peter le multicarte dévoile ici une grande partie des couleurs de sa palette sonore. Welcome to the house of Pain… Jean Paul Coillard Cliquez ici pour avoir une chance de remporter cet album et ici pour lire l'interview de Peter Tagtgren !
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