
Will Oldham

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Reprendre AC/DC ("Big Balls") en version folk, s'acoquiner avec Steve Albini ou donner des interviews
fantaisistes hautement déroutantes, voire agaçantes pour le journaliste novice en la matière sont des
choses qui semblent amuser au plus haut point Will Oldham, "leader" du groupe Palace qui se cache à présent
sous les traits de Bonnie Prince Billy, un des chefs de la lutte écossaise contre l'Angleterre. Son nouvel
album, petit chef-d'œuvre de noirceur sépulcrale naviguant entre Neil Young, Hank Williams et des "Murder
Ballads" made in Kentucky, sort chez Labels après des avatars dont le caméléon qui nous occupe est familier.
En effet, tout ce qui est mystère, faux semblants ou culs de sacs semblent le ravir. Chantre d'un certain
slow rock low file, doté d'une puissance d'écriture peu commune et d'une noirceur diffuse sans trop d'égales,
Will Oldham est également et devant l'Eternel grand maître en réponses sybillines, évasives ou tout bonnement
absentes du cadre. Jugez plutôt.
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- Vous sortez votre nouvel album, "I see the darkness", sous le nom de Bonnie Prince Billy. Que signifie-t-il
au juste ? - C'est juste... le nom de l'artiste... - Dans cet album, vous semblez une fois de plus
très fidèle à votre style habituel. Pensez-vous persévérer dans cette voie ou au contraire vous orienter
différemment dans le futur ? - L'avenir nous le dira. Pour l'instant, je n'en sais strictement rien.
- Avez-vous à nouveau tenté de faire l'acteur depuis le film de John Sayles, "Matewan", en 87 ? -
Non, jamais, mais j'adorerais faire partie du casting du nouveau Lars von Trier, qui est une comédie
musicale avec Björk notamment. J'ai récupéré son téléphone, je vais tenter le coup ! - Aimez-vous
le cinéma français ? - Oui, beaucoup. Le dernier film que j'ai vu était "Capitaine Conan" de Tavernier.
C'est un très bon film, mais qui n'est pas sorti au USA. Un ami m'a donné la vidéo. (Suit un dialogue
sur Tavernier, les films sous-titrés, François Truffaut, etc.) - Qualifieriez-vous "I see the darkness"
d'album d'amour ? - Juste une chanson, la dernière en fait. L'amour est expulsé de ces textes , car
il est ce qui commence tout et on ne peut parler que de ce qui est déjà là, non ? - Récemment, vous
avez interviewé Harmony Korine (Gummo, Kids) pour le magazine Raygunn. Ce style de cinéma vous correspond-il
? - Oui, on peut dire ça. J'ai aussi composé la b.o. d'un film qui ne sortira probablement jamais
! - Vous avez emménagé à New York. Cela a-t-il affecté votre manière de composer ou votre inspiration
? - Je n'en sais rien encore, je ne suis à New York que depuis quelques mois et cet album a été enregistré
avant. Alors, pour le prochain, l'avenir le dira peut-être... - Vous travaillez toujours avec vos
frères et d'autres membres de votre famille. Comment se passe ce travail en famille et quelles sont ses
limites ? Mais avant tout, participent-ils vraiment aux disques ? - Oui, absolument. Je tourne parfois
avec eux. Cet hiver, j'ai tourné avec un de mes frères sur scène et un autre qui s'occupait du son. Ma
mère a réalisé le dessin de la pochette et mon père a pris la photo du verso. C'est une affaire de famille
et personne ne te poursuit en justice quand tu bosses avec ta famille. C'est très bon de travailler comme
ça. Il n'y a aucune censure à mon encontre, parce que c'est une idée familiale, une pensée et une collaboration
communes. C'est en fait une façon de prolonger cette famille. - L'utilisation d'anciens chants funéraires
apaches participe-t-elle à cette idée même de racine ? - Je n'ai jamais utilisé ça, c'est une invention
de journalistes. Les seules choses que je connaisse des Apaches est ce que m'en a dit Marlon Brando !
- Que devient ton label, "Palace Records" ? - En fait, il revit, et devient une compagnie à part entière.
"I see the darkness" va sortir aux USA sur Palace Records. - Te sens-tu plus proche d'une certaine
scène musicale (Tortoise, Smog, Plush...) ou de chanteurs comme Johnny Cash, Neil Young, Tom Waits ou
Hank Williams ? (ou Rusty et Rintintin ?) - Bertrand Tavernier ! Sinon oui, j'aime beaucoup ces chanteurs.
Les autres font des disques, pas de la musique. - Avec qui, musiciens ou producteurs, aimerais-tu
travailler ? - Je pense, oui. (Long silence) En tant que producteur, j'aimerais beaucoup Harvey Keitel
ou Björk. Plus sérieusement, j'en envisage d'autres, mais ce serait une très forte implication personnelle
de travailler avec quelqu'un que je désire vraiment, un énorme changement, un changement de vie radical,
ce qui serait peut-être une bonne idée. - Comment s'est déroulée ta collaboration avec Steve Albini
pour "Palace Last Blues" et le suivant ? - Très bien : j'étais un gros fan de Big Black et de toute
cette énergie, car il y avait à cette époque, en termes de musique, de gros échanges entre le Kentucky
et Chicago. Je les ai rencontrés et nous sommes toujours restés plus ou moins en contact. "Palace Last
Blues" reste pour moi une formidable expérience. - J'avais entendu parler, il y a un an ou deux, d'un
duo avec Nick Cave. Qu'en est-il aujourd'hui ? - Je n'en sais rien. Il voulait jouer du piano sur
l'un de nos disques mais il n'a pas pu venir. J'aimerais néanmoins beaucoup qu'il le fasse un jour. -
Quel genre de musique écoutes-tu chez toi ? - Pas de style particulier, ça dépend du jour, de l'humeur.
En ce moment, je loge dans un appartement avec une énorme collection de disques, des milliers. Ce ne
sont pas les miens, aussi je me sens comme une responsabilité d'écouter autant de disques que je peux.
Chaque jour, j'en écoute une dizaine, tous différents. Sinon, tout dépend de l'endroit où l'on se trouve
: si je devais écouter la radio ici, j'écouterais probablement une radio algérienne ou quelque chose
comme ça. La radio doit être aussi mauvaise partout, je pense, alors... - Que ferais-tu si tu n'étais
pas musicien ? - Aucune idée ! (Long silence). Non, aucune idée. - As-tu déjà tenté des formes
d'écriture différentes du lyric, comme la nouvelle ou le roman ? - Non. On n'a pas le choix par rapport
à ce que l'on fait. Moi, en tous cas. Je dois faire ça, alors je le fais. Je ne peux pas me dire : demain,
j'écrirai un livre, je peindrai une toile. Je ne suis ni écrivain ni peintre. Je ne l'ai jamais fait,
comme de cuire des spaghettis ou laver des carreaux, alors je n'en sais rien. Je ne suis pas un écrivain.
C'est tout. Il faut savoir ce pourquoi l'on est fait.
Propos recueillis par JP Coillard et Mister
X. Merci à Emmanuel de Labels pour son active collaboration.
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