Rico : Medicine Man


Pour l'instant totalement inconnu de par nos contrées, le jeune Rico Capuano, originaire de Glasgow, Ecosse, aligne tout juste 25 printemps, une presse britannique dithyrambique pour son 1e album "Sanctuary Medicines" et une impressionnante série de concerts sold out en tête d'affiche ou en première partie de pointures telles que Pulkas, Cyclefly, ainsi que des festivals aux côtés de Cradle of Filth, Tairrie B. et autres et aujourd'hui Therapy?. Présenté comme le Trent Reznor écossais mâtiné de Massive Attack et porté aux nues par la critique de son pays, ce sorcier en herbe des studios saura-t-il garder la tête froide ? En tous cas, ses "médecines" sauront vous protéger de la rigueur hivernale mieux que n'importe quel vaccin : à consommer à dose non homéopathique ! "If you're still making records without your pain/Then you're still making records that sound the same..." (Shave your head). Drôle de profession de foi pour un chevelu, non ?


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- Est-ce qu'on peut dire qu'il y a beaucoup de toi dans "Sanctuary Medicines", dans les textes et en raison du fait que tu as pratiquement travaillé seul, dans ton propre studio ?

- Avant, j'ai joué dans d'autres groupes, mais je me suis rendu compte que mes idées étaient diluées, car beaucoup de personnes s'en mêlaient et essayaient de modifier des choses, alors j'ai abandonné et décidé de faire quelque chose qui me représenterait totalement. Cela offre une nouvelle liberté, car plus on regarde à l'intérieur de soi, plus on devient fort. J'aime travailler seul.

- Ton frère t'accompagne en tournée...

- Oui, il fait les peintures, les photos, le livret de l'album et les pochettes. Il joue aussi de la basse dans le groupe.

- Peut-on considérer cet album comme une thérapie ?

- Absolument. Je me suis toujours raccroché à la musique dans les moments difficiles. C'est un soutien.

- Nous savons que tu as commencé à jouer de la batterie à 11 ans, est-ce que cet album a réalisé un vieux rêve ?

- Oui, l'aspect principal était d'achever l'album et son livret. A sa sortie, j'ai voulu en acheter un exemplaire et ça m'a pris une semaine, parce que je passais devant les boutiques de disques et n'osais pas faire le pas.

- As-tu préféré créer cet album en studio ou jouer live ?

- Ce sont des choses très différentes, parce que je ne veux pas me contenter de reproduire l'album live, mais en faire quelque chose d'autre. J'aime beaucoup les gens avec qui je travaille, mais j'aime aussi être seul en studio, c'est un contraste agréable. On n'utilise pas de bandes, tous les samples sont effectués live. Ca a demandé beaucoup de travail et de temps. Nous pouvons continuer à développer cet aspect, les machines et la technologie sont là pour être utilisées par l'homme et pas pour le contraindre.

- Est-ce que tu participes à la création de tes vidéos ?

- Au début, nous avons réalisé un court métrage, écrit par mon frère et moi, mais les résultats ont été assez décevants. Pour le deuxième ("Shave your head"), j'étais en tournée et j'ai décidé de charger quelqu'un d'autre de le faire, car je n'avais pas le temps. Mais j'ai aussi été déçu, alors je ne le referai plus. La prochaine fois, je ferai vraiment ce que je souhaite.

- Penses-tu que les vidéos accompagnent la musique ?

- Pour le premier film, nous avons utilisé 4 morceaux et il comporte de bons éléments, qui représentent une partie de la musique, mais beaucoup ont été occultés, ce n'était pas exactement ce que nous avions écrit. C'était une expérience, parce qu'avec la musique, je sais exactement ce que je veux faire, car j'ai les connaissances suffisantes pour arriver à mes fins. Pour un court métrage, j'ai dû faire confiance à d'autres.

- Penses-tu que le sampling a facilité la composition ?

- Quand tu fais vraiment de la musique en tant qu'expression, tu dois faire exactement ce que tu veux. Je considère mon sampler comme un groupe, parce qu'en studio, je peux faire un bœuf avec lui, enregistrer quelques riffs, etc. C'est comme cela que je fais, mais ce n'est pas la seule méthode. Aujourd'hui, en particulier avec les enregistrements numériques, le son est très lisse et propre, pour pouvoir passer en radio, mais je trouve que les angles donnent du caractère et de la passion. Pour moi, ce n'est pas une façon de travailler. Même si j'enregistre du piano, j'enregistrerai la mélodie sur une vieille cassette, puis une autre, pour essayer de créer une atmosphère et d'insuffler une émotion. Si c'est trop propre, c'est dépourvu de caractère et d'âme.

- Dans tes vidéos et sur la pochette de l'album, on voit un œil et de nombreuses photos sont floues, est-ce que ça correspond à l'idée de voir sans être vu ?

- En fait, j'ai perdu une grande partie de ma vision à environ 12 ans, lorsque j'ai commencé la musique. En 6 semaines, ma vision centrale s'est fortement déteriorée, sans que l'on sache pourquoi. Ca m'a causé beaucoup de problèmes dans la vie en général, c'est pourquoi l'œil est très important pour moi, c'est ma vision des choses.

- Comment as-tu vécu ce succès rapide et qu'a-t-il changé dans ta vie ?

- Maintenant, je me concentre uniquement sur la musique. Avant, je devais travailler à l'extérieur pour financer la musique. J'enregistrais d'autres groupes et j'aimais beaucoup ça. Aujourd'hui, je n'ai plus le temps de faire grand-chose. Nous pouvons faire connaître notre musique dans différents pays, avec différentes cultures, c'est extraordinaire. Je veux aussi retourner en studio et travailler, mais c'est très difficile de trouver le temps nécessaire. La musique est l'élément essentiel et elle ne doit pas pâtir. Psychologiquement, ça m'a un peu perturbé de voir mon disque dans les magasins et des articles sur moi dans les magazines que j'avais l'habitude de lire. Bien que j'aie vraiment envie que ma musique soit connue, j'en ai parfois marre. Ce sont des émotions contradictoires, je suis très enthousiaste, mais aussi effrayé et seul. Je me sens tout de même très privilégié.

- Tu n'en as pas marre d'être toujours comparé à Nine Inch Nails ?

- Si. Je ne pense pas sonner comme NIN, je crois que leurs productions sont beaucoup plus lisses. C'est de la paresse journalistique de nous comparer à NIN, parce que je travaille seul et que la musique est assez agressive te sombre, on a vite fait le rapprochement. Je crois aussi que les sons et textures que j'utilise sont très différents, beaucoup plus bruts. J'aime et je respecte NIN, mais je n'essaie pas d'être Trent Reznor.

- Est-ce que tu produis d'autres groupes de Glasgow ?

- Oui, des groupes locaux, je fais des démos. En fait, j'ai eu environ 10 groupes et ils ont continué à revenir, alors je travaillais avec eux 2 à trois jours par semaine en studio et c'était très bien. Ensuite, ils revenaient encore, et comme je progressais dans l'enregistrement de l'album, mon équipement était meilleur et leurs compos aussi, alors j'ai continué, mais rien de ce que j'ai fait n'a été sorti.

- A l'avenir, est-ce que tu voudrais créer un label ?

- J'en n'en ai pas le temps et j'ai besoin de temps pour la musique. Penser que je peux gérer un label serait de la folie pure. J'aimerais produire d'autres groupes, c'est chouette de pouvoir donner naissance à la création d'un autre, mais pas maintenant.

- Ton dernier single vinyl comportait un inédit en CD, "The dose", est-ce que tu crois à la survie du vinyl ou est-ce que tu veux encourager les gens à acheter du vinyl ?

- Beaucoup de groupes sortent 2 ou 3 CD différents et j'essaie toujours d'y mettre de nouveaux morceaux, parce que je crois que c'est très injuste pour les gens de mettre 4 ou 5 remixes du même morceaux ou des chansons qui sont déjà sur l'album. C'est pourquoi j'ai voulu sortir les remixes sur un album séparé, pour que les gens que cela intéresse l'achètent. Mais j'aime le vinyl, le CD est en plastique alors que le vinyl a un feeling différent.

- Est-ce que tu as l'impression d'appartenir à la même scène que des groupes comme Pulkas ou Cyclefly, en réaction à la britpop ?

- Oui, j'aime Cyclefly, nous avons tourné avec eux et c'était très fun. Le public a vraiment aimé les deux groupes. J'aimerais penser que nous repoussons la britpop. Rien ne peut être pire que d'écouter les mêmes albums que ses parents.

- Qu'écoutes-tu à la maison ?

- New Kingdom, ils sont super. Tori Amos, The The, j'ai beaucoup d'albums de Bowie, surtout avec Robert Fripp à la guitare, c'est mon guitar hero ultime. DJ Shadow, Public Enemy, Tom Waits. Je peux écouter n'importe quoi du moment que je trouve ça bon.

- Comment vois-tu l'avenir de Rico en tant que personne et groupe ?

- Je ne le vois pas, car l'objectif était de faire l'album, tout le reste a été un bonus. J'espère que ça va continuer, mais je crois que le groupe sera davantage impliqué dans le prochain album. J'écrirai toujours tout et je ferai les démos, mais ils sont d'excellents musiciens et je sais qu'ils peuvent beaucoup apporter. Live, nous avons beaucoup progressé. Notre premier concert était en mai et nous en avons donné environ 75 depuis. Pour notre propre tournée, nous aimerions avoir de petits samplers et une table de mixage pour que je puisse mixer live et faire quelque chose de différent chaque soir, au lieu d'enchaîner simplement les morceaux. Ca prendra du temps, mais c'est mon but.

JP Coillard & Mr. X

Site officiel



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