
Supplique pour être enterré sur la plage de Seth

En ce mois d'octobre 2OOO, actualité chargée pour le quatuor bordelais : un nouvel album, " L'excellence
", un split Lp, dans la série des War de Season of Mist, avec l'excellent groupe italien Cultus Sanguine
et la promesse de l'arlésienne made in Avant Garde : le fameux tribute to Mayhem, qui devrait enfin voir
le jour. Second " véritable " album, après les " Blessures de l'âme ", cet Excellence mérite définitivement
un prix, mais lequel ? Pochette superbe et livret à l'avenant ? Son gros comme une maison ? Compos resserrées,
filtrées et fignolées qui vous entament comme une caresse de bulldozer ? Présence de Fenriz sur l'écriture
d'un titre ? Mastering de Peter Tagtgren ? Enfin un groupe français digne de ce nom dans le genre metal
extrême ? Ouais, un peu de tout ça en même temps. Procurez vous sans tarder leur, ou plutôt leurs albums,
et bon voyage sur les rivages d'un Nil quelque peu crépusculaire, où les sommets des pyramides valent
bien les caves du Vatican. Rencontre avec Alsvid, guitariste du groupe, qui s'y colle pour la promo.
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Seth était, selon la Bible, le 3é fils d'Adam et Eve, né après l'assassinat d'Abel par Cain, mais aussi
membre du panthéon égyptien, sous le nom de Sethi : pourquoi le choix de ce nom à l'origine? Alsvid
: Seth se réfère à la base à la mythologie égyptienne ; c'est un nom que l'on a pris aux tout début du
groupe, en 95, et qui a aussi à voir bien évidemment avec la Bible et le troisième fils d'Adam et Eve.
De plus, on voulait un nom assez court, facile à retenir, à la différence de tous ces trucs avec of the
machin, of the truc, dont on ne voulait pas. L'intérêt et la force de ce nom venaient aussi du fait qu'il
possédait ces deux sources différentes
Quelles sont pour toi les principales différences d'avec
le précédent album ? Alsvid : Beaucoup, en fait, à part le changement de label : plus rentre dedans,
plus agressif, ce nouvel album va davantage à l'essentiel, alors qu'auparavant on avait tendance à se
perdre dans des choses trop longues, de huit à neuf minutes ; on essaie à présent de fixer l'essentiel
avec des parties plus structurées. L'excellence est à la fois un album plus black et en même temps plus
original, dans le sens ou auparavant, on faisait des choses peut être un peut trop sensibles par rapport
à tout ce qui existe dans le black metal, même si cette sensibilité fait toujours partie de l'essence
même de Seth. Ici, dans l'ensemble, c'est quand même un gros changement pour nous.
Parles nous
un peu de la présence de Fenriz, de Darkthrone sur "Let me be the salt of your womb " Alsvid : En
fin de compte, il participe uniquement à l'écriture du titre que tu cites. Nous l'avons sollicité du
fait qu'il a mentionné le nom de Seth sur son album sorti il y a deux ans, donc c'est un échange de bons
procédés, surtout qu'il était tout à fait partant pour écrire des lyrics pour nous. Il nous soutient
depuis le début, c'est donc une bonne continuation. Ca reste pour moi un ami avant tout, plus qu'un mentor
par exemple. A mon avis, Darkthrone est pour moi la base du black metal, certainement plus que Venom
en tous cas : ils ont apporté quelque chose de vraiment noir et obscur à la musique qui reste essentiel
: à partir de " A blaze in northern sky " est né le true black metal, terme qu'ils ont inventé.
Parle
nous de la rencontre avec Peter Tägtgren pour le mix Alsvid : Il n'y a pas eu de rencontre avec Tagtgren,
il faut éviter la confusion : on devait mixer aux studios Abyss, mais on s'est aperçus que le matériel
qu'on utilisait n'était pas le même, et même avec le trasnfert de copies, on a laissé tomber. On a donc
effectué le mixage en France, on s'est beaucoup parlé au téléphone et il a assuré le mastering de l'ensemble.
On aurait sans doute du se déplacer, mais ce n'est que partie remise !
Passage de Season of Mist
à Osmose Alsvid : En fait, on avait signé pour deux albums avec Season of Mist, sans compter le War
; après les " Blessures de l'âme ", on a enregistré le War avec Cultus Sanguine sans problème. Ensuite,
on a eu la proposition d'Osmose, qui nous intéressait par rapport à la promotion et la distribution qu'ils
pouvaient nous apporter . On a donc étudié la question avec Season of Mist, et, d'un commun accord, on
a sorti le War sur Season of Mist pour pouvoir ensuite signer avec Osmose. Dans l'ensemble, ça c'est
plutôt bien passé... !
Le split Seth / Cultus Sanguine : pourquoi, comment ? Alsvid : On a
signé sur Season of Mist alors que Cultus Sanguine y venait aussi, et on s'est dit que si il y avait
un War album à faire, on le ferait avec eux. A la base, on avait pensé le faire avec Mayhem, mais ceux
çi sont arrivés beaucoup plus tard sur le label, en fait au moment où nous en sommes nous mêmes partis
!
Etais ce pour Seth un genre de challenge ? Un exercice de style ? Un plaisir ? Les trois à la
fois ? Alsvid : C'était tout ça, en fait, une super bonne expérience dans le sens ou ça nous permettait
de reprendre une chanson de Cultus Sanguine (The calling illusion) qui reste assez gothique dans l'esprit,
mais aussi de faire cette reprise de Depêche Mode (Behind the wheel), même si au début on a eu un doute
par rapport à ce que l'on faisait. Reprendre une musique électronique à la base et la transformer de
façon électrique était vraiment intéressant. De plus, on EST très contents du résultat. Pourquoi
cette reprise de Depêche Mode et pourquoi la même pour les deux groupes ? Alsvid : Le principe à la
base était de reprendre une chanson non metal.On savait très bien que Cultus Sanguine était dans l'esprit
gothique et qu'ils aimaient beaucoup Depêche mode, on a donc décidé d'en reprendre un morceau ensemble,
sur la base du fait qu'il devait être très électronique. Je n'écoute pas trop Depêche Mode personnellement,
mais notre chanteur si, en même temps que beaucoup de trucs gothiques. C'était donc, à mon niveau, un
double challenge également !
L'état et l'avenir du black en France ? Alsvid : Personnellement,
je pense qu'il y a beaucoup de groupes, peut être trop, et surement pas assez qui cherchent à faire quelque
chose de personnel, pouvant apporter quelque chose à ce style, mais la scène française est je crois en
développement. Néanmoins, elle aurait intérêt à se développer un peu plus plus, à aller beaucoup plus
loin. Pour parler de la scène metal en général, je pense que la France a besoin de groupe plus professionnels.
Et vous sentez vous proches de groupes comme Anorexia Nervose ou Aeternus ? Alsvid : On ne se
connaît pas encore vraiment, mais on se contacte par Internet, on s'entend bien. On va sans doute faire
des dates ensemble dans un proche futur. D'ailleurs, le I8 novembre, on va faire un concert à Lille avec
Loudblast et Anorexia Nervosa, un hommage à Death, avec pour visée de reprendre chacun deux morceaux
personnels et deux morceaux de Death.
Vous avez aussi participé au Tribute to Mayhem ? Alsvid
: On an enregistré le titre au même studio que le War et " Excellence ", et on a choisi ce titre de leur
dernier mini lp, " Wolf's laird abyss ", " The vortex void of humanity ". Il devrait sortir, enfin, avant
la fin du trimestre, Avant Garde attendait encore les reprises de Marduk. Mais qui sait ?
Le chant
en français, c'est important pour vous ? Vows l'avez décidé au départ ? Alsvid : Non, car Seth a commençé
par chanter en Anglais sur le premier mini cd en 97. C'est en 98 qu'on a tenté le coup, avec une réticence
initiale pour notre chanteur. Lais ça sonnait vraiment bien, et quand on est entrés en studio pour poser
les voix, on a décidé de continuer avec, ce qui, au bout du compte, nous forge une certaine identité.
Mais le nouvel album possède à peu près soixante pour cent de chant en anglais, contre quarante en français.
Et enregistrer en France, un autre choix ? Alsvid : Je te dis tout de suite : non ! Plus ca va,
plus je me dis qu'enregistrer à l'étranger serait peut être mieux, bien qu'on ne l'ai pas fait jusqu'ici,
pas pour se la jouer star system, mais pour que des grands pros ajoutent quelque chose à la musique.
Il doit y avoir en France des studios adéquats, mais honnêtement, je ne les ai pas trouvés ! Mais c'est
davantage au niveau des personnes, je crois, parce que les machines, elles, sont universelles. Pour
l'instant, on manque d'ingénieurs spécialisés dans cette musique, mais j'espère que ça viendra.
Des groupes comme Mayhem ou Immortal signent en France : qu'en penses tu ? Alsvid : Osmose, par exemple,
existe depuis longtemps à présent et on depuis toujours signés des groupes étrangers. Ce n'est pas une
question de mode : je crois que si un lable allemand leur faisait de plus grosses propositions, ils les
suivraient. Les labels français ont bonne réputation, Osmose a commençé à distribuer des albums aujourdhui
culte depuis I99O, ce qui leur fait un sacré background, et la France, dans les années 9O, la France
était beaucoup plus réputée pour ses labels que pour ses groupes...ce qui est hélas d'ailleurs toujours
le cas.
La censure et les attaques : avez vous toujours autant de problèmes ? Alsvid : Dernièrement,
à part Epok ( magazine de la FNAC), non : ce qui s'est passé avec Epok, c'est qu'on a vraiment eu la
sensation que l'idée de départ était de dénigrer le groupe. On a même eu des échos de proches des " intéressés
" disant qu'on allait passer à la casserole. A partir de là, c'est très facile d'imprimer des mots sur
du papier, et vu que les écrits restent, les paroles non enregistrées s'envolent. Dans une potique très
large,ce fut un peu la même chose par rapport à M6 et leur émission sur le black metal, et avec eux,
l'idée était que celui çi menait au suicide et aux enfants fous, alors qu'Epok était apparemment fixé
sur le groupe, pas le metal en général. Sinon, au point de vue des concerts, pas de problèmes particuliers,
même si on en a pas fait des masses jusqu'ici !
Ces " petits " problèmes sont ils pour Seth plutôt
un frein ou une motivation ? Alsvid : C'est très difficile à dire, parce qu'on change souvent d'avis
par rapport à ça. Notamment par rapport avec les histoires genre Epok, on en a vraiment eu ras le bol.
Beaucoup de gens pensent ça de nous, mais que faire ? C'est vraiment une peste. Ce n'est pas du tout
une motivation, je ne vois pas comment ça pourrait l'être. Dans la musique en tous cas, parce que par
contre on est plus que jamais motivés pour dire la vérité, qui doit être dite. Quant à contrer les personnes
par rapport à des paroles complètement pathétiques... ! Ceux là feraient mieux de chercher la vérité
au lieu de vendre des torchons de cette sorte : ils auraient mieux fait de nous ignorer et de rester
dans la grande consommation ! ! !
Comment vois tu l'évolution de la scène black, avec le black
symphonique d'un côté et le retour au heavy de l'autre ? Alsvid : Pas de retour au true black, mais
un retour évident au speed metal. Sinon, j'aime beaucoup Dimmu Borgir, je trouve qu'il s savent très
bien doser le mélange de guitares et de synthés, ce que beaucoup de groupes visent sans pouvoir y parvenir.
Mais je pense qu'à la base, le metal quelqu'il soit est surtout fait de guitares, ce que j'AI voulu montrer
avec le dernier album où l'on peut créer des ambiances uniquement à partir de cet instrument, comme l'a
prouvé Dissection avec " Somberlain " en I994, et qui montre bien que lorsqu'on sait se débrouiller avec
une guitare, un synthé devient inutile.
Et que penses tu de groupes comme The Kovenant, évoluant
franchement vers l'électro cyber ? Alsvid : Je trouve ça très bien, tant que tout part d'une certaine
franchise. Par rapport à eux, le premier album (In times before the light) était très black, le second
(le fameux " Nexus Polaris " ndlr) plus heavy et progressif, pas assez black à mon goût, mais ils restent,
comme sur le troisième de super musiciens.
Est ce un désir pour Seth de changer, d' évoluer à
chaque album ? Alsvid : Je pense, oui, on a pas vraiment envie de faire deux ou trois " Blessures
de l'âme " consécutifs. Mais d'ici à dire que l'on a l'intention de faire comme The Kovenant, il y a
de la marge.
Mais, cette reprise de Dépêche Mode... Alsvid : ...n'est pas innocente, oui. Ca
apporte des choses. Aimer le jazz, comme Hellhammer de Mayhem, pourquoi pas ? Je reprend bien des cours
de guitare classique, ce qui t'amène aux trucs folks, et même sud africains, alors pourquoi pas le jazz
ensuite ? Je n'aime pas trop le jazz pour l'instant, mais plutôt l'idée du mouvement à l'intérieur.
Au point de vue du line up, Seth se démarque par sa stabilité, depuis 95 ; pas de side projects en vue
? Alsvid : Si, justement, quelque chose qui s'appelle Void, avec deux amis anglais et un batteur qui
s'appelle Carl Michael et qui jouait dans le groupe norvégien Dodheimsgard : un projet atypique de mélange
de blakc rapide avec des ambiances techno, limites jazzy parfois. On va surement sortir un mini CD, sur
un label que je ne peux encore divulguer !
Alors que les groupes de références comme Mayhem, Immortal,
Emperor, avouent volontiers leurs influences trash et heavy des années 8O, de Venom à Slayer ; quelles
furent vos influences du début (death ?Trash ? black ?) ? Alsvid : Entièrement black, à fond, comme
le montrent nos premiers titres, et comme ils souffraient d'une production très médiocre, ils sonnaient
vraiment très crus. Tu m'éveille l'esprit avec cette question, et, en y repensant, on se rend compte
au travers de combien de styles le black metal a pu passer, du pure black du début à quelque chose de
plus atmosphérique pour arriver à quelque chose d'aggressif et d'abouti en même temps. Ca suit aussi
l'évolution des individus qui composent le groupe. Quant à ceux qui critiquent notre utilisation des
claviers, on l'a toujours fait et on était là avant eux de toutes façons, pour pas dire qu'on le sera
après ! Si on remonte aux influences des influences, on remonte auxs années 6O, avec Led Zeppelin et
Jimi Hendrix. Venom, pour moi, c'est davantage une mascarade qu'autre chose, quant à Slayer, qui a sorti
l'album le plus brutal au monde qui est " Reign in blood ", j'ai un immense respect pour eux.
Chacun
semble avoir un rôle bien défini au sein de Seth : Le vicomte pour les textes, Faucon noir pour les visuels
; et pour la musique proprement dite ? Alsvid : A la base, c'est quand même moi qui m'occupe de la
plupart des choses, 8O% à 9O% sur le dernier album, 5O% sur le précédent avec le bassiste. Je compose
chez moi au maximum pour arriver et apporter le plus d'idées possibles au batteur pour qu'on finisse
par sortir quelque chose en commun. Je n'ai pas de home studio, je travaille avec très peu de choses,
et un studio perso pour Seth est pour le moment hors de question.
Les projets futurs ? Asvild
: Après ce concert tribute à Death le I8 novembre, on va sans doute tourner en France et en Europe, sans
doute vers mars/avril, je ne sais pas encore avec qui. De même, on va travailler sur les visuels en vue
de shows live.
Et les USA, c'est un rêve ? Asvild : Complètement ! Mais encore davantage de
faire des dates au Japon, dans le futur.
Si l'on se réfère à la Bible, Seth vécut en patriarche
jusqu'à l'âge avançé de 912 ans. Seth, groupe jeune et talentueux, possède donc tous les atouts dans
son jeu. See you next time, donc. Où ? L'avenir nous le dira. L'avenir, c'est l'inconnu par...excellence...
!
Propos recueillis à Paris par Jean Paul Coillard et MrX le 4 octobre 2OOO ; photos : dr.
Site de Seth : http://InNomineSeth.com
Disco : Season of Mist et Osmose records, disponible sur
Amazon.com
Un gros merci à Nicolas d'Osmose pour son efficacité.
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