
Stan & Vince - Les imploseurs explosés

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Attention, ça va chier des bulles, charcler des ronds de chapeau : les fameux auteurs de la série Vortex
et de superbes séries dans le domaine du comics outre Atlantique, et le non moins fameux scénariste des
Guignols de Canal + , Benoît Delépine, se sont acoquinés pour "L'imploseur", une BD high tech et hard
core qui déboule à cent à l'heure dans le PIF, Paysage de l'Illustration Française, et qui le fait méchamment
saigner d'un coup de boule bien senti. Mais, ne s'arrêtant pas en si bon chemin, les Coen de la bande
dessinée nous parlent en long, en large et en travers de leurs projets en solo, en duo, en trio et sur
d'autres supports, tels que le cinéma, la pub, le multimédia et de leurs thèses profondes quant à leur
approche de la musique. Bulles...moteur...action !
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-Première question basique : Stan + Vince + Benoit Delépine : Comment s'est effectuée la rencontre, et
comment, et pourquoi... ? -Vince : En fait, l'éditeur de l'Echo des Savanes voulait nous faire rencontrer
Delépine depuis assez longtemps, et il a fini par arriver à ses fins après quelques péripéties dans notre
relation avec Albin Michel, péripéties uniquement dans le sens où l'on avait essayé de faire plusieurs
histoires qui n'ont pas marché pour différentes raisons. Finalement, Hervé Desinge nous a invité à recontrer
Delépine, ce que notre emploi du temps nous permettait et ce qui était aussi un grand plaisir : on s'est
très bien entendus et voilà. Quant au pourquoi ? C'est : parce que ! ! ! -Stan : Benoît ne connaissait
pas ce qu'on faisait, mais il était en contact pour tout ce qui était Canal + Editions avec Albin Michel,
et il cherchait des auteurs pour un scénario qu'il avait écrit. En fait, il aurait voulu Corben, ce qu'on
peut comprendre, mais Hervé lui a répondu de ne pas y compter, Corben étant à l'autre bout du monde et
le temps que l'on ait sa réponse, tu auras une longue barbe ! Il nous a alors proposés, a montré nos
albums à Benoît qui en a été convaincu, ce qui tombait bien pour nous, étant un peu dans l'attente de
quelque chose venant d'Albin.
-C'est la première fois que vous prenez un extérieur à votre duo,
en l'occurrence un scénariste ? -Vince : c'est la première fois que ça se concrétise, après de multiples
essais infructueux, comme Lewis Trondheim, Sfar, pleins de gens de la BD et ça n'a jamais fonctionné,
pour différentes raisons là aussi. On sait qu'on peut bosser tous les deux sans problème, mais on avait
envie de le faire avec un scénariste parce qu'on croit beaucoup aux collaborations.
-Et Delépine,
non professionnel de la bd, cela vous a-t-il posé problème ? -Vince : Non, au contraire, bien qu'on
se soit posé la question au début. Il nous a demandé comment ça se passait, on lui a montré les scénarios
qu'on avait et il a essayé d'en faire à sa propre sauce : il s'est super bien adapté, c'est un super
bosseur, prompt au travail et à la correction éventuelle, et du coup, il a réussi à faire plus vite et
avec davantage de fraîcheur qu'un véritable auteur de bandes dessinées. -Stan : Et puis, il a l'habitude
d'écrire, et après son scénario de film, la BD n'est pas si éloignée que ça, finalement, avec aussi le
fait d'écrire quotidiennement pour les Guignols... Vince : Il possède une grande capacité d'écriture
de toute manière, et c'est un grand professionnel qui vient de la pub et de la communication en général
et qui n'a aucun problème d'adaptation, dans tous les cas de figures. Stan : Dans les années 80, il
était aussi à l'origine du magazine "Création"...
-On a entendu dire que le personnage de l'imploseur
avait été inspiré par Dupontel... ? -Stan : Oui, tout à fait. A la base, il avait envie d'en faire
un film, mais à cause des problèmes survenus sur son film précédent, il s'est dit que ce serait trop
lourd à monter ; mais malgré tout, en écrivant son scénario, il a pensé à des acteurs qu'il aurait bien
aimé voir interpréter ses personnages. Il nous a donc donné comme référence Albert Dupontel comme personnage
principal parce que c'est un copain à lui, en nous recommandant de faire un personnage qu'il évoque mais
qui ne lui ressemble pas à cent pour cent, pour que si jamais une adaptation en film se faisait un jour,
ça puisse être Dupontel ou quelqu'un d'autre... Vince : ...Antonio Banderas, par exemple ! Stan
: Il ne fallait donc pas que ce soit une représentation extrêmement fidèle du personnage. Vince :
Ce qui tombe bien, car on en aurait été incapables : dans le même registre d'idées, la black serait Naomi
Campbell et le méchant Benoît Poelvoorde, soit quelque chose d'assez hétéroclite.
-Au niveau du
style de dessin, le travail sur ordinateur a-t-il changé votre façon de travailler ? -Vince : Mis
à part le côté rush pour la pré publication dans l'Echo des savanes, ça n'a pas beaucoup changé les choses
pour nous, sinon que le travail au niveau des couleurs s'en est trouvé "simplifié" puisqu'on n'encre
plus les pages : on les crayonne deux fois, une fois en orange puis une autre en noir, ensuite on les
scanne une fois que le trait est bien défini, et ensuite tout se passe sur écran. -Stan : On se retrouve
donc avec un stade en moins, celui de l'encrage, ce qui est très intéressant quand on fait Vortex, mais
qui revient en fait à retravailler deux fois la même page. -Vince : Ca nous a donc permis de nous
concentrer deux fois plus sur la couleur et les effets que nous permet d'avoir l'ordinateur au niveau
de la lumière, de la photo. Benoît voulait une image qui se rapproche de l'image de cinéma, aussi a-t-on
essayé de se diriger au maximum dans ce sens là, avec les effets de mouvement, le cadre noir, etc.
-Aviez vous des appréhensions quant à l'utilisation de cette nouvelle technique ? -Stan : Non, pas
du tout. Les deux derniers Vortex sont déjà mis en couleurs sur ordinateur par le même coloriste qui
a travaillé sur l'Imploseur et qui s'appelle Walter Pezzali, qui est un ami et avec qui on travaille
depuis quelques temps déjà et qui fera bien sûr les prochains Vortex, entre autres : on s'entend à merveille
et on partage les mêmes goûts... -Vince : On n'avait donc pas peur du résultat final, car on savait
dans quel registre aller et quels écueils éviter : on savait aussi quel pourcentage de kitsch on pouvait
se permettre avant que ça devienne trop et trop laid... -Stan : On ne voulait pas utiliser toute la
palette d'effets de Photoshop, par exemple...
-Il y avait eu, il y a quelques années, un "Iron
man" par ordinateur, d'une laideur absolue... -Stan : Et puis aussi, "Martha Washington goes to war"
qui était hyper kitsch, justement, ça en devenait presque de la... bd indienne ! Pour une bd assez classique,
le décalage est d'autant plus étonnant... -Vince : Je pense que, dans le cadre de Gibbons et Miller,
il s'agit davantage d'humour que de manque de technique, en ayant poussé le style vraiment loin dans
le genre. Après, on aime ou on aime pas : Stan, par exemple, n'aime pas trop... -Stan : J'aime pas
trop, mais ça me fait marrer. En tous cas, j'ai pas envie de le lire. Remarque, je n'avais pas envie
de lire les Watchmen avant qu'on me dise que le scénario était génial ! Et personne ne m'a dit que celui
de Martha Washington était génial.
-Surtout à côté de celui des Watchmen... -Vince : Et de
Miller en général : Gibbons n'est pas un scénariste, mais Miller en est un, et quand il s'en donne la
peine, ça donne quelque chose de vraiment génial.. Mais je ne suis pas fan de ses trucs d'humour, je
le trouve plus fort dans ses trucs sombres et sérieux. Avec "300", il prouve qu'il peut faire des trucs
en dehors de son univers de Sin City, qui ne sert plus guère qu'à faire tourner son fond de commerce.
En fait, il est plus proche à présent de la caricature, avec des personnages empâtés, aux traits lourds,
des gros yeux, des grosses bouches....
-Vous n'avez pas rencontré quelques petits problèmes de
censure, avec certaines pages sex de l'imploseur ? -Vince : Aucun du point de vue de l'éditeur ni
de Benoît,en tous cas. Mais à un moment, on a été sollicités par le musée d'Art Contemporain de Lyon
pour une exposition de planches originales, et on leur a donné pour les exposer des planches de l'imploseur,
dont la planche de la scène érotique. Un membre de l'organisation "Action pour la dignité humaine" est
venu au musée accompagné d'un huissier : il a demandé de décrocher certaines planches jugées licencieuses.
Ils ont intenté une action en justice contre le musée de Lyon, qu'ils ont gagné, la ville de Lyon devant
payer les frais de justice et mettre un panneau précisant que l'exposition était réservée à un public
averti !
-Pas de pression auprès de l'éditeur ? -Vince : Non, mais de toute façon, l'Echo des
Savanes est un éditeur qui permet beaucoup de choses du moment que ça colle à l'histoire, du moment qu'on
ne touche pas à certaines choses, qui de toute façon ne nous intéressent pas, comme les enfants ou la
drogue. Il y a beaucoup d'humour décalé et de second degré dans l'histoire, et donc on a pu s'aventurer
un peu plus loin dans le côté violent et sexe...
-Ce qui est drôle en un sens, c'est que si ce
comité d'action pour la dignité humaine avait lu l'histoire, il aurait vu que celle-ci allait de plus
dans son sens, peut être, question dignité humaine... -Stan : C'est en fait une organisation visant
à supprimer toute représentation de la nudité dans l'art sous toutes ses formes. Ils n'ont même pas lu
l'album, ni même essayé sans doute. -Vince : C'est comme toutes ces organisations de grand-mères qui
écoutent les disques pour les gamins et qui regardent et jaugent les publications pour "la jeunesse",
jugeant à sa place ce qui est bon pour elle ou non, ce qui est toujours paradoxal...
-Et votre
trio a-t-il un avenir créatif ? -Vince : Oui, absolument : après les deux Vortex, on redémarre sur
une seconde BD en commun, qui sera sans doute un peu plus sexe et un peu moins gore... -Stan : Avec
sûrement un personnage féminin comme héroïne. L'Imploseur n'était pas juste un coup comme ça, on espère
bien poursuivre notre collaboration. -Vince : Ca ne sera pas une série au sens propre, mais plutôt
la poursuite d'un même univers, avec la même technique de travail... -Stan : ...qui évoluera sûrement
encore, avec peut être l'ajout de 3D, d'effets pour faire évoluer la chose et évoluer nous aussi, apporter
quelque chose de nouveau dans notre façon de travailler, expérimenter, éviter de s'ennuyer. On pense
à nous avant le lecteur ; même si le scénario de départ était assez sanglant et violent, on en a rajouté
un maximum, et puis bien sûr ensuite à la couleur, où ce rouge attire l'œil.
-A propos de nouveauté,
vous avez participé au pré générique de "Dobermann" : avez-vous d'autres projets en ce sens ? -Stan
: Oui, plein de choses, et déjà au niveau personnel, car on a signé il y a six mois avec Eric Névé, producteur
de "Dobermann" et sa boîte la Chauve Souris pour un long métrage en images de synthèse de sf proche de
notre univers. On a aussi plusieurs projets de films avec de vrais acteurs, des films de genre, SF, horreur,
tout ça en écriture, réalisation, etc..
-C'est vraiment un média qui explose en ce moment, surtout
quand on regarde du côté du Japon et des mangas comme Perfect Blue et Ghost in the Shell... -Vince
: Oui, malgré tout, les gens restent très timides en France, surtout au niveau de la production, et c'est
difficile de faire passer l'idée qu'il y a un public pour ça, et aussi, hors public, des gens qui soient
suffisamment motivés et capables de le faire bien. Mais l'état d'esprit change depuis dix ans, et à mon
avis ça va encore mettre dix autres années pour changer vraiment. Mais je crois que le véritable changement
se situera au niveau de l'arrivée de nouvelles technologies comme Internet et tout ce qui sort de l'ordinateur,
et notamment au niveau de la diffusion des films et des images, arrivant au stade où le coût des films
diminuera énormément, ce qui va pas mal chambouler l'industrie du cinoche, avec cette industrie parallèle
qui va ronger les bases du "vieux cinéma cher" ! -Stan : Et nous, pendant ce temps là, on s'entraîne
avec nos caméras DV à filmer des scénarios, à les monter, à y greffer du son, de la musique, des voix,
des effets. A part ça, on vient de travailler sur un film qui va sortir et qui s'appelle "Promenons nous
dans les bois" : le costume et le masque du loup, c'est nous, par exemple. Ce qui est génial aussi dans
ce genre de projets, c'est de rencontrer des gens extérieurs à la BD, ce qu'on recherche, et de nous
faire travailler dans notre domaine mais sur autre chose. -Vince : On travaille beaucoup avec deux
réalisateurs de pub qui s'appellent les frères Poireau, qui ont fait une pub pour Hollywood avec la statue
de la liberté : on a bossé sur un projet pour Quick, pour Swatch, et aussi pour Orangina qui devrait
être super. -Stan : Ils ont un esprit assez proche du nôtre, avec les mêmes références, les films
américains de la bonne époque, et ils essaient de retranscrire ça dans leurs pubs, donc tant mieux !
-Autre question basique qui tombe à point nommé : vos influences : -Vince : Pour ma part, bd américaines
et italiennes, avec Liberatore, et pour Stan, plutôt franco-belges... -Stan : A la base, oui, avec
Edgar P. Jacobs, mais aussi Flash Gordon, Spirit. Je ne m'y connaissais pas beaucoup en super héros,
essentiellement à la lecture de Strange, mais je n'étais pas trop fan. La rencontre avec Vincent m'a
fait découvrir Bernie Wrightson, Corben, qui ont déclenché mon intérêt. Vince : J'étais aussi ultra
fan de Goetlieb et de John Byrne, avec Wrightson et encore Liberatore. J'étais tellement fan d'eux que
je ne peux plus l'être d'autres à présent, ajouté au fait que passer moi même de l'autre côté de la barrière
en tant que dessinateur change tout : ça enlève la magie d'un certain côté mais ça assainit la chose.
Néanmoins, des gens comme Liberatore ou Corben continuent de m'impressionner à fond, plus autant qu'avant,
mais je reconnais que ce sont de véritables bêtes dont on retrouve l'influence sur des auteurs actuels
comme Mignola, par exemple. Il est plus facile de retrouver les influences de Frazetta avec tous les
dessinateurs de pulps des années 30 et 40. Au niveau de Vortex, on peut aussi citer Dave Stevens, Wood,
Kirby encré par Wood. Certains dessinateurs actuels, comme Kyle Baker, nous impressionnent beaucoup aussi,
il réussit à mettre une vie folle dans tous ses personnages. -Stan : Surtout depuis "You are here"
: avant, je regardais et j'aimais beaucoup, mais avec celui là et "Die at midnight", j'attends avec impatience
les prochains, et je crois que Vincent aussi. Il utilise vraiment les techniques de pointe et avec lui,
on se croirait au cinéma. J'aime aussi beaucoup Jason Pearson et son "Body bags" et ses illlustrations
et apparitions. Adam Hugues aussi, et je me rappelle encore la première fois où j'ai découvert Geoff
Darrow !
-Parlons un peu de votre expérience américaine... -Vince : On a commencé à travailler
avec Dark Horse avec Dave Stevens pour finir un épisode de Rocketeer, suite à quoi ils nous ont contactés
pour réaliser la série des Tarzan : un des épisodes se passant à Paris, ils ont jugé à juste titre que
des Français seraient plus à même de mener la chose à bien ; du coup, on a fait les six épisodes. Ont
suivi des participations aux Dark Horse Presents, avec le début de la série "Metalfer", qui n'a hélas
pas eu de suite, car nous étions très pris par la série Vortex. Ensuite, DC comics nous a appelé pour
Swamp Thing ; on a commencé, on a encré un épisode et crayonné un autre et puis ça s'est arrêté... -Stan
: Apparemment, ils avaient du mal à trouver la ligne directrice pour reprendre Swamp Thing. Ca a été
dur pour nous de bosser avec eux parce qu'ils hésitaient tout le temps, ils nous ont fait refaire pas
mal de choses, et ensuite, à ce qu'il paraît, la scénariste a quitté le projet, sans doute aussi à cause
de toute cette pression et tout est tombé à l'eau. On devait partir sur douze épisodes à raison d'un
par mois, ce qui aurait été un petit peu chaud, en fait. Ils ont ensuite repris l'idée avec d'autres
gens.
-Alors, les States, c'est fini pour vous ? -Stan : On a eu un appel récemment, mais on
n'en dira pas plus, ce qui prouve bien ce que disait Vince tout à l'heure à propos des Américains, qui
te laissent sans nouvelles pendant deux ans, t'appellent comme si c'était hier pour te parler de projets
aléatoires. Alors, wait and see...
-Vous étiez libres, aux Etats Unis, au niveau du dessin ? -Vince
: Pour Tarzan, oui, on a été assez libres ; ils nous ont juste fait retoucher un truc une fois, dans
l'épisode avec Dr Jekyll et Mr Hyde. A un moment, Mr Hyde débarque dans un bordel, suivi par Tarzan :
on voyait des nanas qui couraient dans les couloirs, dont certaines (quelle horreur !) à moitié dénudées.
On nous a demandé de couvrir les seins et les fesses. Mettre de la "full frontal nudity", c'était trop,
vu que c'était quand même des comics pour les gamins, et ils sont assez pointilleux là dessus... -Stan
: Et puis aussi, ceux qui possèdent la licence de Tarzan ne veulent pas voir ce genre de trucs. Sinon,
on s'est vraiment bien amusés ; au niveau de la mise en page, on a été vraiment libres, on envoyait les
pages crayonnées par Federal Express et on n'a jamais eu aucun commentaire à part celui-ci. Pendant qu'on
encrait, ils posaient les bulles et les textes, on leur envoyait ensuite les pages encrées etc, et c'était
super rodé sur six épisodes. Ca a vraiment été surper cool avec Dark Horse. Avec DC, ce fut différent,
sans doute parce que c'est une plus grosse structure. Ils ne voulaient pas se planter quant au lancement
de Swamp Thing, et de plus l'éditrice avait une éditrice en chef au dessus d'elle à qui elle avait des
comptes à rendre, etc, ce qui nous retombait sur les épaules en bout de compte. Mais bon, on a dessiné
Swamp Thing pendant quelques pages !
-Et qu'en est-il de votre rythme de travail ? Etes-vous des
accros du boulot ? -Vince : Là, tu nous trouves, mais c'est vraiment exceptionnel : d'habitude, on
ne vient pas... ! ! ! -Stan : Quand tu sors deux albums par an, plus des couvertures, et que tu travailles
pour la pub ou le cinoche, sans compter les projets personnels qu'on tente d'avancer, c'est pas vraiment
ça : on est là tous les jours, de neuf heures jusqu'à au moins huit heures, sauf si on a encore des
trucs à finir. Mais bon, on ne se plaint pas, ça nous plaît, sinon on le ferait pas. On bosse d'autant
plus qu'on a plein de projets à côté qu'on essaie de développer dans l'audiovisuel, qui est un domaine
que l'on découvre depuis quelques temps, et dans lequel on a toutes nos preuves à faire, qui ne sont
plus des éditeurs mais des producteurs.
-D'où vient cette idée de faire deux série parallèles
au début de Vortex ? -Stan : Ca vient de l'époque de "Parasite" et "Eden", chez Zenda : au début de
Parasite, mon histoire, deux personnages de l'histoire de Vince se retrouvent dans la mienne, bousculent
mon héros et donnent lieu à toute l'action de ma bd. On a fait ça pour se marrer à la base, et on s'est
aperçu que plusieurs personnes en dédicace avaient remarqué ce petit détail. Alors que Delcourt nous
avait contacté et qu'on avait envie de faire une histoire de machine à voyager dans le temps, on s'est
dit qu'on pouvait très bien adapter ce principe à une série, avec un héros et une héroïne qui vivent
des aventures, se séparent, se rejoignent, etc, et c'est parti de là.
-C'est une façon de faire
plutôt rare en France, non ? -Stan : En France oui, contrairement aux Etats Unis. Ici, à part "Aquablue",
"Donjon" ou les Blake et Mortimer, mais là, c'est davantage pour des raisons commerciales, pour nourrir
la vache à lait ; c'est surtout au niveau du scénario que ça pêche, ces histoires d'espionnages si éloignées
de l'esprit fantastique et SF de Jacobs dans "L'espadon", "La marque jaune", "SOS météores", "Piège diabolique",
même dans le "Mystère de la pyramide", on trouve ce côté magique qui manque à la nouvelle série.
-Ils auraient dû vous demander d'en faire un... -Vince : Et on aurait pu refuser ! ! ! -Stan :
Ou alors, on aurait fait un Blake et Mortimer "réaliste". Par contre, j'ai vu les nouvelles planches
de Ted Benoît, qui semble se rapprocher de l'idée de Jacobs, le tout a l'air plus détendu, on dirait
qu'il y a moins de pression dans l'air !
-Parlons de la genèse Stan et Vince : étiez vous potes
au départ ou vous êtes vous connus pour des raisons professionnelles ? -Vince : C'est uniquement pour
le pognon ! -Stan : En fait, c'est nos parents : on est un peu les Jordy de la BD ! Non, en fait on
s'est rencontrés à l'école, par l'intermédiaire d'un copain qui a redoublé dans ma classe, et on était
potes avant tout. On a échangé nos slips et on est devenus frères de slips !
-Mais, sont ils de
la même taille ? -Stan : Non.
-Bon, je ne veux pas perturber votre vie de couple. Et si on
s'achevait avec une tartine musicale, vos goûts etc ? -Vince : On écoute de tout, sauf ce qui est
désagréable aux oreilles : de Mancini à Fatboy Slim avec au milieu de la jungle, des musiques de films,
du ska, du reggae. On y connaît pas grand chose mais on est curieux de l'oreille. -Stan : pas mal
de musiques des années 60/ 70 de films, les italiens et la Blaxploitation ; j'aime beaucoup Chemical
Brothers, Prodigy, qui me font bien marrer. Portishead, moi, c'est trop sombre et morose et guère entraînant.
-Vince : C'est l'avantage du Big Beat : comme ça vient du disco, c'est super positif et super débile.
Y'a ce morceau de Fatboy Slim qu'on écoute à fond et qui commence par de la musique brésilienne : c'est
super con et c'est génial ! On aime bien ce qui est con. -Stan : On écoute de la musique con ! ! !
-Et les comics ou les bd du moment pour vous ? -Stan : A part Kyle Baker.... -Vince : Le
dernier Hellblazer de Corben chez Vertigo cartonne méchamment. Ca déchire grave, comme disent les jeunes
! -Stan : En fait, on n'aime pas tellement les bd, on aime bien les auteurs, et en général, même
si ce qu'ils font est nul, on aime bien, comme Beb Deum : le graphisme nous scotche tellement qu'on se
jette sur tout ce qu'il fait. Il suffit qu'il dessine une paire de converse sur la couverture de SVM
mag et on est fait, même s'il ne s'agit que d'une paire de converse transparents ! -Vince : En fait
il n'y a pas assez de gens qui se démarquent suffisamment pour qu'on soit fan, beaucoup de choses se
ressemblent. -Stan : On adore Rabaté, Blain, et Guibert avec Sfar, "La fille du professeur". -Vince
: Et puis aussi Trondheim et les autres membres de l'Association, comme David B. qui est un excellent
scénariste en plus d'être un bon dessinateur. -Stan : Les illustrateurs et les illustrations nous
branchent davantage que la bd, et de plus en plus. On s'intéresse moins à la BD depuis qu'on en fait,
on est davantge critiques involontairement. En revanche, on prend du temps pour aller au cinéma. J'irai
voir tous les Burton, comme je l'ai toujours fait, et quoi qu'il sorte.
-Un mot pour finir ?
-Vince : Ca va ? ! ! !
(propos recueillis par JEAN PAUL COILLARD et MISTER (com)X ; photos :
Christophe Valette).
BIBLIOGRAPHIE :
-Aux USA : -TARZAN, 6 épisodes. -The Shadow,
Dark Horse. -DARK HORSE PRESENTS, série " Metalfer " -1épisode de Rocketeer, avec Dave Stevens.
En France : -"Putain de télé !" -"Parasite" par Stan, éditions Zenda -"Eden" par Vince,
éditions Zenda. -"Campbell, voyageur du temps" par Stan , 2 volumes. -"Tess Wood, prisonière du
futur" par Vince, 2 volumes. -"Tess Wood et Campbell", volumes 3 à 7, par Stan et Vince. Volumes 8
et 9 en préparation, aux Editions Delcourt. -"L'imploseur" Stan, Vince et Benoit Delépine, chez l'Echo
des Savanes / Albin Michel.
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