
Tue-Loup : Ne pas confondre lieu dit et lieu commun |
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Tue-Loup n'a pas le pessimisme commercial, pas plus que le ruralisme militant : leurs textes sombres
et leurs ambiances slow death lorgneraient plutôt vers un Palace hexagonal et ses campagnes sépulcrales,
lui aussi parce qu'il y vit plutôt que à cause de, ou un Birthday Party moins violent musicalement mais
tout aussi écorché vif, avec d'agréables clins d'œil à la chanson française et aux rythmes parfois venus
d'ailleurs : ici, point de techno beat ni de goa ni de trance ni de hard core, pas de samples ni de producteur
anglo saxon, pas de look de la mort ni de son à décalotter les esgourdes ou à les estourbir au son aigrelet
du punk survivant de la rue Lepic ; Tue-Loup ferait plutôt dans la discrétion, ce dont on ne peut que
lui rendre grâce en ces temps de surenchère médiatique aux relents de guerre (commerciale) totale, mais
aussi dans une âme nomade pas évidente à première vue, ni première oreille. Après un album auto produit
et un premier Lp pour PIAS (La Bancale), voici aujourd'hui "La belle inutile", qui n'est sûrement pas
le qualificatif approprié à cette galette-là : écoutez bien, et retrouvez la joie de la simplicité et
de l'efficacité dans un monde de brutes.
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-Parlez-nous de ces endroits qui s'appellent "Tue-Loup" et "La belle inutile"... -Thierry : Tue-Loup,
c'est la ferme de ma grand-mère, et c'est l'endroit où l'on a enregistré nos deux premiers albums, dont
l'autoproduit qu'on ne vend qu'aux concerts. "La belle inutile" est aussi un lieu pas très loin de chez
nous. -On voulait quelque chose de très simple au niveau du visuel, sans marquer de titre ; on avait
la photo du panneau, avec le nom dessus... -Xavier : En fait, c'est venu avant, à l'époque de l'autoproduit
: quand on a eu cet objet entre les mains, on voulait aussi se faire plaisir à ce niveau-là. On devait
trouver un nom pour le groupe, et ça c'est imposé tout seul, le nom du groupe associé à l'endroit où
l'on répétait. "La belle inutile" est aussi un clin d'œil, un nom que l'on voyait fréquemment et qu'on
avait retenu pour un titre de chanson. Pour finir, on a gardé ce nom pour l'album et le visuel de la
pancarte aussi. On trouve des tas de super noms de lieux dits.
-Est-ce à dire que l'idée devient
un concept qui pourra s'appliquer au prochain album ? -Non, rien n'a été prémédité là-dedans, un peu
comme tout ce qu'on fait, d'ailleurs...
-Vos pochettes et vos photos promo dépeignent jusqu'à
présent la campagne, la vôtre en fait : êtes-vous très attachés à cette idée de racines ? -C'est sûr
qu'on aime bien, on vit là-bas. Ce qui est énervant, c'est le fait que les journalistes insistent systématiquement
là-dessus et sur le pourquoi. Un album se fait sur une période très courte par rapport à l'échelle d'une
vie, et il représente le moment présent de la nôtre, chaque pochette reflétant l'endroit et l'ambiance
et l'état d'esprit du moment. Sinon, pas de revendications par rapport aux racines, il faut bien vivre
quelque part !
-Et comment vivez-vous cet esprit médiatique désireux de vous coller à toute force
une image campagnarde ? -Les gens des médias qui parlent de la campagne d'un point de vue exotique,
forcément, ça nous emmmerde, mais quand on en parle d'un point de vue sincère, c'est différent : on ne
cherche ni à le renier, ni à le mettre en valeur. Tout dépend de l'interprétation : le fait de voir une
chèvre comme un éléphant est effectivement un peu casse-bonbons. -C'est un peu comme la comparaison
de la presse avec Murat, qui dit pourtant qu'il n'est pas forcément rural mais qu'il vit à la campagne..
-On ne reflète pas du tout le milieu rural, on vit juste à cet endroit-là, sans vraiment s'impliquer
dans le milieu paysan.
-Et qu'est-ce qui vous a amenés à la musique ? -Rien de précis, en fait,
sinon qu'on se connaissait et qu'on passait beaucoup de temps ensemble à discuter et à écouter de la
musique. On se faisait tout le temps des cassettes et on s'est dit que finalement, on allait tenter notre
propre aventure. C'était un vrai pari au départ, un copain nous a dit : je trouve le matos et vous faites
un disque. C'était aussi pour se faire plaisir à la base, et c'est toujours ça, en fait. De nous quatre,
seul Thierry avait déjà travaillé la musique, mais sinon, on était plutôt au chômage... -Xavier :
Et puis moi, j'avais l'endroit pour répéter tranquille avec le matériel. On était peinard, vu qu'on ne
bossait pas, et donc tout le temps qu'on voulait pour se consacrer à Tue-Loup : pas d'horaires, pas de
studios, tout ça étant inconcevable au moment où on en a parlé. On se connaissait depuis une dizaine
d'années et la motivation est venue naturellement du premier jour où on a commencé à répéter, tant ce
que l'on faisait ensemble nous a plu, et c'est ce qui était super agréable, d'avoir envie de faire quelque
chose ensemble sans but carriériste précis mais pour se faire plaisir, construire des morceaux, une manière
de concrétiser quelque chose qui était très motivant.
-Et au niveau des influences, on peut trouver
quoi ? -Le problème, c'est que tout le monde écoute des choses très différentes, et rien ne nous a
donné l'envie précise de faire de la musique ensemble : Romain écoutait du jazz, Titi davantage de rock,
généralement américain, etc. C'est cette somme de tout ce qu'on a pu écouter, qu'on se fait partager
ensuite mutuellement, qui a pu faire quelque chose. Ce n'est pas un processus systématique, ce qu'on
fait est influencé par chacun d'entre nous. On n'a jamais de discussion préalable sur le pourquoi et
le comment d'un morceau ni de quelle manière il doit sonner, c'est toujours une affaire de hasard. C'est
peut-être pour ça que le rock existe toujours... Et ça veut dire aussi que l'avenir peut dériver pour
nous en jazz, en musique électronique, on ne sait pas aujourd'hui. Pour l'instant, le format chanson
est le seul format auquel on s'astreint. Ce qui peut nous faire changer, c'est la scène : on découvre,
on change nos oreilles, mais ça n'intervient pas sur la composition. Le plus grand plaisir, c'est quand
on est tous les quatre autour de la table et qu'on sent qu'un morceau est fini, qu'on touche au but,
alors que la scène, c'est plutôt aléatoire.
-Vos albums sont enregistrés "live en studio" : l'idée
de l'indépendance est-elle importante pour vous ? -Au départ, ce n'était pas un choix, c'était plutôt
d'ordre économique. Ensuite, quand l'occasion s'est présentée, on a décidé de ne pas aller en studio.
C'est quelque chose qu'on n'envisage pas, parce qu'on n'a jamais travaillé comme ça, et à priori, ce
serait au détriment des idées qu'on peut partager quand on fait de la musique...
-Le dernier titre
de "La bancale" s'appelait "Quittons la France" et le dernier album a été enregistré à Marrakesh... -C'est
une opportunité qu'on a eu d'aller là-bas, et puis on ne voulais pas réenregistrer à Tue-Loup, on voulait
changer de son, d'ambiance, d'acoustique du lieu. Steph a eu cette occasion, on a trouvé le budget, surtout
au début, mais ça s'est fait quand même. Au niveau de la composition proprement dite, ça n'a pas apporté
grand-chose, au niveau du son, oui. Et puis l'ambiance, Marrakesh a forcément déteint sur notre état
d'esprit. Maintenant, notre envie c'est de changer de lieu pour chaque album, ce qui serait l'idéal,
l'Islande par exemple. Ce n'est pas une démarche artistique mais plutôt opportuniste, du fait qu'un label
nous permet d'obtenir le bugdet nécessaire pour faire des choses intéressantes, qui nous apportent un
plus, outre le simple fait d'enregistrer un disque. Le fait d'être allés à Marrakesh se sentira peut-être
davantage sur le prochain album : on a ingurgité le Maroc, on le digère et on le ressortira ensuite,
sur de prochaines compos notamment. Mais on ne veut pas s'y replonger tout de suite, car il s'est passé
tellement de temps entre la composition et la sortie de "La bancale" qu'on avait déjà presque un tiers
des morceaux de "La belle inutile", et qu'on les jouait en tournée. Là, on veut vraiment de nouvelles
chansons quand il sera temps.
-Vos textes et vos musiques sont plutôt anticommerciaux, en refusant
la techno, les samples, le look, etc. Comment expliquez-vous alors votre succès ? Est-ce précisément
pour cette raison ? -On ne refuse pas à priori les samples, mais je crois que la principale qualité
de "La bancale" était l'authenticité, sans parler de démarche artistique. Ca reste encore très marginal,
bien qu'on ait eu une très bonne presse, mais le bon accueil vient à mon avis de ça, son principal atout,
d'autant que l'authenticité, au-delà de l'utilisation de tel ou tel instrument, n'est guère répandue.
On peut trouver des choses très sincères dans la musique électronique ou ailleurs, quand ça ne fait pas
calculé, surtout que notre idée de départ n'était pas du tout de trouver une maison de disques. C'est
après que c'est devenu... -...moins peinard ! ! ! (rires)
-Le premier album était autoproduit,
"La bancale" a connu un beau succès critique, qu'attendez-vous de cet album-ci ? -On n'a vraiment
aucune idée pour l'instant ni aucune amibition précise pour notre futur... -Si : voir des centaines
de milliers de touristes arriver en Sarthe pendant les vacances ! ! ! -Si ça marche comme pour le
précédent, ce sera déjà très bien, et plus, tant mieux : on n'a aucune réticence envers le succès, si
on considère que ce qui nous est déjà arrivé est fantastique, ce sera du réel, quelque chose de concret
en tous cas...
PROPOS RECUEILLIS PAR JEAN PAUL COILLARD Merci aux Tue-Loup au grand complet
et à Sophie Mathieu. La disco Tue-Loup : "La bancale" et "La belle inutile" disponible sur PIAS
RECORDS. Le premier album autoproduit est vendu lors des concerts uniquement. Donc, allez y voir.
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