
Alan Wilder

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Ex-membre de Depeche Mode, Alan Wilder est une personnalité essentielle du monde de la musique, qui ne
craint ni le risque ni l'expérimentation. "Liquid", nouvel album de son groupe Recoil, en est l'éclatante
illustration : musique sombre et textes inquiétants, il semble servir de bande-son à nos cauchemars les
plus intimes. A cette occasion, Wilder s'est entouré de personnalités uniques : Diamanda Galas, Nicole
Blackman (qui a également travaillé avec KMFDM, Scanner et les Golden Palominos), Samantha Coerbell (bien
connue dans le monde du spoken word new-yorkais) et même Rosa Torras, une inconnue et fan de Recoil ayant
envoyé un enregistrement à Alan Wilder. C'est avec cet artiste hors normes que Mr. X et Laurent se sont
entretenus à Paris : consommez sans modération.
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- Votre nouvel album, "Liquid", sort en mars, en quoi est-il différent de "Unsound Methods" ? - En
fait, ils sont assez liés, leur atmosphère est similaire et ils sonnent tous les deux comme une bande
originale, mais différents chanteurs y ont participé, avec des textes différents. C'est presque la suite
de "Unsound Methods". "Liquid" a peut-être un son un peu plus organique, mais il a le même type d'atmosphère
sombre. Je suppose qu'ils vont assez bien ensemble. - Pouvez-vous nous parler davantage de vos textes
et de votre inspiration ? - Je n'écris pas les textes, je choisis des gens que je suppose bons dans
ce domaine. Sur "Liquid", les textes sont d'une certaine façon plus importants que sur les albums précédents,
c'est pourquoi les vocaux sont vraiment mis en avant dans le mixage. Je voulais travailler avec des gens
qui racontaient bien les histoires. Le disque comporte plusieurs histoires, mais j'ai voulu les lier
par une sorte de fil rouge, d'où l'idée du titre ouvrant l'album, intitulé "Black Box", qui parle d'un
crash aérien et du pilote qui, sur le point de mourir, voit toute sa vie défiler devant ses yeux. Toutes
les histoires sont ses souvenirs. Lorsque je commence à travailler sur la musique, j'utilise souvent
des extraits de dialogues de films, pour avoir un cadre de travail. D'une certaine façon, les interprètes
prennent la place de l'acteur, du narrateur. Cela semble convenir à la musique, qui a une qualité très
cinématographique. - Comment choisissez-vous vos collaborateurs (Diamanda Galas, Nicole Blackman,...)
? - C'est la musique qui choisit pour moi. Ma musique n'a pas vraiment de direction, mais une atmosphère.
C'est alors que je peux déterminer qui serait approprié. Un morceaux, "Strange Hours", est assez bluesy
et sombre. J'ai immédiatement pensé à Diamanda Galas, parce que je savais qu'elle avait déjà fait des
albums blues et gospel. Je travaille un peu comme un réalisateur. - Vos interprètes sont essentiellement
des femmes, pourquoi ? - C'est une bonne question, je n'en sais rien (rires). J'ai essayé de travailler
avec un homme, pour deux morceaux, mais ça n'a pas vraiment marché. Je trouve plus facile de penser à
des voix féminines que masculines. Peut-être à cause de leur sensualité... - Depuis les débuts de
Recoil, votre musique tend à être instrumentale. Avez-vous déjà envisagé de chanter ? - Je ne trouve
pas ma voix suffisamment puissante et j'ai des difficultés à écrire des paroles, ça ne me vient pas naturellement.
J'ai compris que je devais m'en tenir à ce que je fais le mieux, c'est-à-dire les arrangements et la
structuration, je joue plutôt le rôle de catalyseur pour les personnes qui contribuent à l'album. J'ai
besoin de me concentrer sur les vocaux, mais parfois, notamment sur cet album, je chante dans les chœurs.
- Quels sont vos meilleurs et pires souvenirs de l'époque Depeche Mode ? - Je n'ai pas beaucoup de
mauvais souvenirs. La période "Violator" était très bonne, je crois que c'était l'époque où nous nous
entendions le mieux et où nous avions le plus de succès. A Los Angeles, nous avions donné des autographes
dans un magasin et 17 000 personnes sont venues, c'était assez spécial. Les énormes concerts que nous
y avons donnés était aussi un excellent souvenir. La plupart de mes souvenirs concernent les fêtes après
les shows, se soûler et ce genre de choses. Nous avons connu des moments difficiles pendant l'enregistrement
de "Songs of faith and devotion". C'était parfois assez stressant. Le groupe était très disparate et
Dave était ailleurs... - Vous avez décrit Recoil comme une antidote à Depeche Mode: ce groupe était-il
une sorte de machine énorme dans laquelle vous vous sentiez prisonnier ? - Oui, d'une certaine manière.
Je n'étais pas vraiment prisonnier, mais c'était effectivement une machine, qui comportait de nombreuses
pressions. A chaque nouvel album, les attentes sont très élevées et j'avais l'impression d'avoir atteint
mes limites au sein du groupe. Je suis parti au bon moment, nous avions fait beaucoup de choses, on s'était
bien amusés, mais j'avais l'impression qu'être dans un groupe n'était plus de mon âge. C'est un peu comme
être dans un gang quand on a atteint l'âge mûr. La mentalité de groupe ne me convenait plus. Je n'ai
plus de problèmes avec ça maintenant. - Vous avez créé votre propre studio, "The thin line", en 96,
était-ce une étape importante pour vous ? - C'était assez progressif. J'ai toujours travaillé à domicile
de toute façon, mais mon studio personnel a démarré avec un simple enregistreur et maintenant, il occupe
tout un bâtiment. C'est important pour moi de travailler à la maison, dans la mesure du possible. L'atmosphère
est bonne, plus détendue et je peux passer plus de temps avec ma famille. - Vous avez produit d'autres
artistes comme Nitzer Ebb, souhaiteriez-vous produire davantage à l'avenir ? - Il y a toujours une
part de hasard, mais ce n'est pas quelque chose que je recherche activement. Si quelqu'un me le demande
et que je suis intéressé, je le ferai peut-être, mais la plupart du temps, quand on me sollicite, on
veut que je fasse du Depeche Mode ou du Nitzer Ebb et ça ne m'intéresse pas. Je refuse généralement.
- Pendant toutes ces années, quelles ont été vos principales influences ? - Dan Miller m'a beaucoup
influencé, au niveau personnel. J'ai beaucoup appris de lui dans les années 80. Travailler avec Flood
a été une excellente expérience. En, ce qui concerne les producteurs, je trouve Eno très bon, mais je
n'ai jamais travaillé avec lui. - Qu'écoutez-vous à la maison ? - Tous les types de musique : classique,
techno, gospel. Parfois, j'écoute MTV. J'ai un esprit très ouvert et j'écoute de nombreux styles de musique.
- Quel était votre album préféré de 99 ? - Je crois que c'était "13" de Blur. Ils s'améliorent sans
cesse. - Vous avez commencé la musique très jeune et avez connu le succès assez rapidement. Qu'attendez-vous
maintenant en tant qu'artiste ? - Je n'ai pas d'ambitions démesurées, j'ai de la chance de pouvoir
faire ce que je fais maintenant. Je ne dois pas m'inquiéter des ventes de mon album, ni de sa valeur
commerciale. Je veux continuer dans cette voie. Peut-être un projet cinématographique. Mon seul objectif
est d'essayer de faire de la musique qui m'intéresse et qui n'est peut-être pas comme celle des autres.
C'est assez difficile. - Comment voyez-vous votre avenir, en particulier avec Recoil, et avez-vous
d'autres projets ? - Je n'ai pas d'autres projets pour l'instant. Je fais parfois un peu de travail
extérieur, un peu de production, j'ai fait un documentaire TV et un peu de post-production pour Curve,
mais ce n'est pas très important. Je n'ai pas vraiment d'autre grand projet.
Mr. X & Laurent.
Photos : Christophe Valette
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